Présidentielle américaine : En France et en Europe, que peut-on attendre de la politique de Joe Biden ?

POLITIQUE Joe Biden va devoir retisser des relations politiques avec l’Europe, mises à mal par les quatre années tumultueuses du règne Trump

Lucie Bras

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Joe Biden à Wilmington, le 15 janvier 2021.
Joe Biden à Wilmington, le 15 janvier 2021. — JIM WATSON / AFP
  • Un nouveau chapitre s’ouvre aux Etats-Unis, avec l’investiture de Joe Biden, qui doit devenir ce mercredi le 46e président des Etats-Unis.
  • L’Europe « a de nouveau un ami à la Maison-Blanche », s’est réjoui la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
  • « Il y a toujours eu des négociations difficiles sur le plan commercial entre les Etats-Unis et l’Europe. Il faut s’attendre à ce que les points de discorde soient toujours les mêmes : l’agriculture et l’industrie aéronautique », prévient Marie-Christine Bonzom, politologue et spécialiste des Etats-Unis.

Il n’est pas encore président mais il est déjà invité à la table des Européens. Ce mardi, Joe Biden a officiellement été convié par le président du Conseil Charles Michel, afin de « construire ensemble un pacte fondateur nouveau » pour les relations transatlantiques. De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est réjouie de l’arrivée d’un « ami » à la Maison blanche.

A quelques heures de son investiture, l’arrivée de Joe Biden au pouvoir aux Etats-Unis suscite un réel enthousiasme en Europe et en France, après quatre années Trump délétères pour les relations européano-américaines. Mais la lune de miel peut-elle durer ? La France et l’Europe vont-elles sortir gagnantes de cette nouvelle donne politique ?

« Je crois qu’il va y avoir une euphorie au tout début, car les chancelleries européennes ont marqué nettement leur joie à l’élection de Joe Biden, d’une manière d’ailleurs sans précédent. Mais cette euphorie ne va pas durer, chacun va se recentrer sur ses intérêts », prédit Marie-Christine Bonzom, politologue et spécialiste des Etats-Unis. « Joe Biden est avant tout président des Etats-Unis et va avoir à cœur de défendre les intérêts américains et leurs priorités géostratégiques, qui sont aujourd’hui l’Asie et la Chine. »

Des signaux au vert

Depuis la validation de son élection, Joe Biden a envoyé des signaux pour montrer au monde que sa politique sera plus calme, plus consensuelle que celle de son prédécesseur. « Donald Trump était très unilatéraliste, très "America first". Biden va relancer les Etats-Unis dans le multilatéralisme, une manière de dire "on y va ensemble", plus dans la ligne de Barack Obama, dont il a été vice-président », analyse Claire Joachim, maîtresse de conférences à l’université de Poitiers.

Par la voix de ses futurs ministres et de son administration, il a déjà envoyé des signaux positifs sur la taxe sur le numérique ou le climat. En France, les producteurs de vin, visés par de nouvelles taxes depuis le 12 janvier, espèrent un retour en arrière. Des mesures protectionnistes qui « seront probablement levées par l’administration Biden », selon Marie-Christine Bonzom. Une demande appuyée par l’Union européenne.

Les Gafam, protégés par Biden ?

En Europe, il est très attendu sur la mise en place d’une taxe internationale sur les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), portée en partie par la France. Janet Yellen, la future secrétaire au Trésor, nommée par Joe Biden, s’est dite favorable à une telle mesure, qui « permettrait de percevoir une juste part des entreprises, tout en maintenant la compétitivité de nos entreprises et en diminuant les incitations (…) aux activités offshore que nous ne voulons certainement pas récompenser ».

Une volonté politique qui pourrait cependant être stoppée net. « Il faut faire attention, Joe Biden n’a peut-être pas une aussi grande marge de manœuvre qu’on pourrait le penser en interne », explique Claire Joachim. « Autant les démocrates peuvent arrondir les angles, autant les républicains sont contre les taxes, fondamentalement. Malgré sa majorité, le Congrès et le Sénat pourraient l’empêcher dans ses prises de décisions, en faisant obstruction. » De plus, les Gafam ont largement contribué à financer sa campagne, rappelle Marie Christine Bonzom. « Ces riches donateurs s’attendent à un retour sur investissement. Joe Biden va leur être redevable et va protéger leurs intérêts. »

Des sujets qui fâchent (toujours)

Pendant sa campagne, Biden a promis au monde entier « un retour à la normale », mais que signifie vraiment ce terme ? Certes, les années Trump ont radicalement transformé les relations des Etats-Unis avec le monde, mais il faut se souvenir qu’elles ont toujours été mitigées, rappelle Marie-Christine Bonzom. « Il y a toujours eu des négociations difficiles sur le plan commercial entre les Etats-Unis et l’Europe. Il faut s’attendre à ce que les points de discorde soient toujours les mêmes : l’agriculture et l’industrie aéronautique ».

Elle invite les Européens à avoir une réflexion sur le sujet : « Quelle Amérique voulons-nous ? » Qu’elle soit interventionniste en Irak, sous la présidence de George W. Bush ou isolationniste avec Donald Trump, « on n’est jamais très satisfait ». « Avons-nous mis à profit ces quatre dernières années pour forger notre politique étrangère commune ? Ce sont des questions fondamentales auxquelles il faut répondre aujourd’hui. » La réunion entre les Européens et Joe Biden pourrait finalement être un peu moins joviale que prévu.