Thaïlande : Une femme écope de 43 ans de prison pour crime de lèse-majesté, une peine record

SANCTION Si elle n’avait pas reconnu les faits, cette ancienne fonctionnaire aurait été condamnée à 87 ans de prison

20 Minutes avec agences

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Ancha, une Thaïlandaise, a été condamnée à 43 ans de prison pour lèse-majesté en janvier 2021.
Ancha, une Thaïlandaise, a été condamnée à 43 ans de prison pour lèse-majesté en janvier 2021. — AP/SIPA

La Thaïlande vient de battre un nouveau record, et il n’est pas vraiment glorieux. Une ressortissante thaïlandaise a été condamnée mardi 19 janvier à 43 ans de prison pour avoir insulté la famille royale. Selon les experts, c’est la plus lourde peine jamais enregistrée dans le pays pour crime de lèse-majesté.

Ancha, l’accusée, a été reconnue coupable de 29 chefs d’accusation selon Thai Lawyers for Human Rights (TLHR), une organisation qui lutte contre les violations des droits de l’homme dans le royaume et qui suit de près les procès pour lèse-majesté. L’ancienne fonctionnaire a été « condamnée à trois ans pour chacun », a précisé l’ONG.

Messages audio hostiles

Au total, elle devait donc écoper de 87 ans de réclusion criminelle. Mais la femme de 65 ans a reconnu avoir publié sur les réseaux sociaux des messages audio hostiles à la monarchie et « le tribunal a réduit la peine de moitié », soit 43 ans et 100 jours.

Ancha, dont le nom n’a pas été dévoilé, avait été arrêtée en 2015, puis détenue pendant trois ans en raison de sa proximité avec le podcasteur DJ Banpodj, connu pour ses critiques acharnées contre le régime politique. Avant sa condamnation, la peine la plus importante remontait à 2017, lorsqu’un homme avait été condamné à trente-cinq ans pour des propos tenus sur Facebook.

40 militants inculpés depuis le début du mouvement

Le crime de lèse-majesté est encadré par l’article 112 du Code pénal en Thaïlande. C’est l’un des plus sévères au monde et son utilisation s’intensifie depuis le lancement d’un mouvement prodémocratie en juillet dernier.

Plus de 40 militants ont été inculpés en vertu de la loi de lèse-majesté depuis la mi-juillet. Ils avaient participé à des manifestations réclamant la démission du Premier ministre, la réécriture de la constitution et la réforme de la monarchie.

Une loi dépassée

Pour l’analyste politique Titipol Phakdeewanich, de l’Université d’Ubon Ratchathani, cette lourde peine pourrait avoir « des motivations politiques ». Elle pourrait notamment avoir pour objectif de décourager les étudiants qui battent le pavé depuis des mois malgré la répression des policiers et des ultraroyalistes.

Mais Titipol Phakdeewanich estime au contraire qu’une telle sanction « peut détruire la réputation de l’institution de la monarchie aussi bien au niveau national qu’international ». L’ampleur du mouvement social serait selon lui la preuve que la loi de lèse-majesté « ne fonctionne plus comme le gouvernement le souhaite ».