Washington accuse Pékin de commettre un « génocide » contre les musulmans ouïghours

TENSIONS Selon des experts étrangers, plus d’un million d’Ouïghours sont en détention dans des camps de rééducation politique

20 Minutes avec AFP

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Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, le 10 novembre 2020 à Washington.
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, le 10 novembre 2020 à Washington. — Jacquelyn Martin/AP/SIPA

A la veille de l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, le secrétaire d’Etat américain sortant Mike Pompeo a déclaré, ce mardi, que les Etats-Unis estimaient que  la Chine commettait « un génocide » contre les musulmans ouïghours dans la région du Xinjiang. Des « mensonges absurdes et éhontés », selon Pékin.

« Je pense que ce génocide est encore en cours et que nous assistons à une tentative systématique de détruire les Ouïghours de la part du parti-Etat chinois », a-t-il ajouté, dans un communiqué. Il a aussi évoqué des « crimes contre l’humanité » menés « depuis au moins mars 2017 » par les autorités chinoises contre les Ouïghours et « d’autres membres de minorités ethniques et religieuses au Xinjiang ».

Plus d’un million de Ouïghours détenus dans des camps

Cette décision, à l’issue d’un processus juridique interne au département d’Etat, ouvre la voie à de nouvelles sanctions. Le président élu Biden avait lui estimé avant son élection, selon un communiqué de son équipe de campagne publié en août, que la répression contre cette minorité musulmane constituait un « génocide perpétré par le gouvernement autoritaire de la Chine ».

« Les Etats-Unis appellent la République populaire de Chine à libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement et à mettre fin à son système de camps d’internement et de détention, de résidences surveillées et de travail forcé », a martelé Mike Pompeo. Selon des experts étrangers, plus d’un million d’Ouïghours sont en détention dans des camps de rééducation politique. Pékin dément et affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle destinés à les éloigner du terrorisme et du séparatisme après des attentats attribués à des Ouïghours.

Des « mensonges absurdes et éhontés », a réagi Pékin, ce mercredi. Cette qualification « n’est qu’un chiffon de papier à nos yeux », a déclaré devant la presse la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, à quelques heures de la fin du mandat de l’administration Trump. « Ces dernières années, Mike Pompeo a propagé un nombre incalculable de mensonges et d’idées pernicieuses. Cette accusation d’un prétendu [génocide] n’est qu’un de ses mensonges absurdes et éhontés », a dénoncé la porte-parole.

« Pire tache du siècle »

Depuis deux ans, l’administration de Donald Trump accusait la Chine de mener une campagne de répression brutale dans cette région du nord-ouest du pays. Mike Pompeo avait estimé en mars 2020 qu’il s’agissait de « la pire tache de ce siècle » et avait déjà annoncé plusieurs salves de sanctions contre des responsables chinois. Les accusations concernant le Xinjiang ont d’ailleurs alimenté la confrontation de plus en plus dure aux allures de nouvelle guerre froide entre les deux premières puissances de la planète, menée côté américain par le faucon Pompeo.

Washington a aussi exhorté mardi la communauté internationale « à se joindre aux Etats-Unis » dans leur effort « pour que les responsables de ces atrocités rendent des comptes ». « Si le Parti communiste chinois est autorisé à commettre un génocide et des crimes contre l’humanité contre son propre peuple, on ne peut qu’imaginer ce qu’il aura le courage de faire au monde libre dans un avenir pas si lointain », a mis en garde celui qui vit ses dernières vingt-quatre heures en tant que chef de la diplomatie américaine, et qui a déjà plusieurs fois résumé le bras de fer avec la Chine comme un combat des démocraties contre la « tyrannie ».

Une guerre commerciale

L’annonce de mardi constitue donc un dernier affichage, in extremis, de sa fermeté à l’égard de Pékin, au moment où les membres du futur gouvernement de Joe Biden, parfois soupçonné par les républicains d’être trop « faible », rivalisent aussi de déclarations pour prouver qu’ils tiendront tête au géant asiatique.

« Nous pouvons remporter la compétition avec la Chine », devait ainsi assurer mardi le prochain secrétaire d’Etat Antony Blinken, au Sénat. « Nous devons nous attaquer aux pratiques abusives, injustes et illégales de la Chine » en matière commerciale, a renchéri la future secrétaire au Trésor Janet Yellen, reprenant des accusations portées par l’administration Trump.

Un peu plus tard, mardi, le futur secrétaire d’Etat de Joe Bien a dit partager l’accusation de « génocide » perpétré par la Chine contre les musulmans ouïghours. « C’est aussi mon opinion », a répondu Antony Blinken lors d’une audition parlementaire à un sénateur qui lui demandait s’il était d’accord pour évoquer un « génocide ».