Etats-Unis : Comment Washington se barricade-t-elle pour l'investiture de Joe Biden ?

PRESIDENTIELLE AMERICAINE Alors que l’investiture de Joe Biden a lieu ce mercredi à Washington, la ville devient un véritable camp retranché

Jean-Loup Delmas

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Investiture de Biden: Washington sous haute sécurité — 20 Minutes
  • Ce mercredi, Joe Biden va prêter serment lors de son investiture, devenant officiellement le nouveau président des Etats-Unis
  • Un évènement normalement festif mais qui inquiète énormément les autorités cette année en vue des tensions entre les partisans de Trump et de Biden et des violences meurtrières au Capitole le 6 janvier.
  • En conséquence, la ville s’est encore considérablement renforcée par rapport à la procédure habituelle.

Des rues désertes, personne dehors hormis des policiers et des journalistes, le chant des oiseaux qui vient seul perturber le silence… Washington aurait presque des airs de villes confinées, si ce n’était les quelque 21.000 membres de la garde nationale déployés dans le centre-ville, en prévision de l’investiture du président Joe Biden ce mercredi. A titre de comparaison, ils n’étaient que 8.000 pour l’investiture de Donald Trump en 2017 et 6.000 pour le second mandat de Barack Obama en 2013, preuve de l’état de tension exceptionnelle dans lequel se trouve le pays. Il y aura plus de militaires américains à Washington ce mercredi qu’il n’y en a actuellement en Afghanistan, en Irak et en Syrie.

La ville est encore sous le choc de l’attaque du Capitole, le 6 janvier, et craint que le pire soit à venir ce mercredi. « D’après le FBI, le risque est maximal. Il y a déjà eu des investitures mouvementées dans le passé, notamment celles de Richard Nixon en 1969 et de George Bush en 2001. Mais rien de tel n’avait jamais été annoncé », renseigne Romain Huret, directeur d’études à l’EHESS et historien des Etats-Unis.

Washington en vase clos

En conséquence de ce risque, Washington s’est replié sur elle-même et vit désormais en vase clos. AirBnB a annulé toute réservation dans la ville durant cette semaine, une mesure également prise par de nombreux hôtels de la ville. Les ponts qui relient la ville à la Virginie ont été fermés, ainsi que plusieurs stations de métros. L’objectif ? « S’assurer que des partisans d’extrême droite zélés ne pénètrent pas dans la ville, en la rendant inaccessible. Séjourner à Washington est quasiment impossible désormais », note Charles Voisin, spécialiste de la politique intérieur des Etats-Unis.

Un contrôle qui s’applique même à la garde nationale. « En coordination avec le Secret Service et le FBI, tous les militaires qui sont arrivés ont été passés au crible », a indiqué le général Daniel Hokanson, qui dirige le Bureau de la Garde nationale. Dans une lettre récente aux troupes américaines, les chefs d’états-majors ont affirmé que les émeutes du 6 janvier au Capitole étaient « incompatibles avec l’Etat de droit » et ont demandé aux soldats d'« incarner les valeurs et les idéaux de la nation ».

Le coronavirus, nouveau changement

Faut-il alors s’inquiéter d’une attaque venue de la garde nationale elle-même ? Peu de risque selon Romain Huret. S’il est vrai que l’armée américaine est plutôt favorable au parti républicain, « elle est totalement légitimiste. A ce stade, et en dépit de rumeurs, rien ne laisse penser qu’elle ne servira pas dès ce mercredi soir son nouveau chef : Joe Biden. » Pour l’expert, le risque vient plus des groupes paramilitaires et des milices, estimés à près de 1.000 dans l’ensemble du pays.

Autre étrangeté dans la ville, les commerces sont barricadés, certaines rues bloquées par des tas de ciments. « Tout le centre de Washington est une ville fantôme », décrit Charles Voisin. Cette situation de contrôle est néanmoins facilitée d’une certaine manière par le coronavirus. En pleine troisième vague mortelle, les Etats-Unis ont renoncé aux traditionnels rassemblements de foule pour l’investiture, habituellement vécu comme un jour de fête et de célébration.

Une investiture austère

Les deux experts interrogés sont donc d’accord, les risques à Washington sont minimes au vu de la sécurité mise en place. Mais Romain Huret s’inquiète : « Qu’en sera-t-il ailleurs ? Le pays est immense et les lieux pour se faire entendre ne manquent pas. » Pour Charles Voisin, l’extrême-droite, dissuadé de faire une action à Washington, risque de frapper dans d’autres Etats moins protégés.

Reste une dernière question concernant l’investiture, cette ambiance hypersécuritaire à Washington ne va-t-il pas ternir l’image de Joe Biden et mal débuter son mandat ? Pas du tout à en croire Charles Voisin, qui indique : « Au vu de la situation sanitaire aux Etats-Unis, une ambiance trop festive aurait été mal perçue. Joe Biden veut donner l’image d’un président prenant la mesure de la gravité de son époque et des défis à relever, cette investiture est donc cohérente et ne le prend pas à défaut. » Une investiture placée sous le signe du Covid et de la division nationale, ces deux premiers énormes chantiers.