Obama peut toujours échouer…

SLATE Comment Obama peut se préparer pour les mauvais jours qui s'annoncent...

Par Joel Achenbach, traduction 20minutes.fr

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Le président Barack Obama envisage de proposer le secrétariat au Commerce au sénateur républicain Judd Gregg ce qui lui permettrait de faire nommer un nouveau sénateur démocrate à sa place, et d'atteindre la majorité anti-blocage de 60 sièges sur 100 à la chambre haute.
Le président Barack Obama envisage de proposer le secrétariat au Commerce au sénateur républicain Judd Gregg ce qui lui permettrait de faire nommer un nouveau sénateur démocrate à sa place, et d'atteindre la majorité anti-blocage de 60 sièges sur 100 à la chambre haute. — Mandel Ngan AFP

Quelques idées de nouveaux slogans pour l'administration Obama:

«Oui, nous le pouvons, peut-être»
«Ma responsabilité a des limites» (allusion à un petit écriteau que le président Truman avait sur son bureau et qui indiquait «J'en prends la responsabilité»)
«L'échec n'est pas une option, sauf quand on peut le faire passer pour un simple repli stratégique»

Je l'avoue, de tels slogans vont être difficiles à vendre, dans la mesure où l'ère Obama est synonyme d'optimisme, de succès, de confiance en soi, de refus du cynisme, d'espoir et de détermination à toute épreuve. Mais il faut le dire : il y en a marre de l'optimisme! Qui va parler d'échec ?

Tout ceux qui ont un minimum de jugeote savent bien que le désespoir est une défense émotionnelle saine. Il n'y a rien de plus triste que quelqu'un qui finit par céder au désespoir alors qu'il aurait dû commencer par là. Je ne sais pas exactement quand, mais des mots comme dégonflé, perdant et crise de nerf ont malheureusement pris un caractère péjoratif. Vous appelez ça du défaitisme; moi je dis que c'est simplement une question de gestion des attentes.

Aucune administration ne peut échapper à l'échec

Oui, il y avait beaucoup de fanfare et de pompe il y a une semaine, alors que le nouveau président se tenait sur la terrasse ouest du Capitole, regardant cette foule de disons 1,8 million de personnes, sans compter les quelque 100000 invités restés bloqués dans le tunnel de la 3ème Rue. Et oui, il est jeune, beau, élégant, dans le vent, il a une magnifique famille et marque à trois points. Il est indéniablement l'homme le plus puissant de la planète. Mais ça ne doit pas lui monter à la tête.

Pourquoi? Parce qu'aucune administration présidentielle ne peut échapper à l'échec. Les présidences ratées sont l'une de nos industries les plus florissantes. Si le président ne peut s'infliger d'échec, d'autres se bousculeront pour le faire pour lui. L'échec fait intégralement partie de notre système constitutionnel. Notre gouvernement est voué à l'inefficacité. Notre Constitution a été écrite de façon à ce que la meilleure des idées se transforme inévitablement en de mous compromis négociés entre la Chambre des représentants et le Sénat pour s'embourber ensuite dans la paperasse bureaucratique avant d'être annulés par un juge fédéral inconnu.

Même le Bill of Rights (la «Déclaration des droits», les 10 premiers amendements de la Constitution américaine) n'est qu'une liste de choses que le gouvernement ne peut pas faire. Comparés à notre Constitution, les 10 Commandements relèvent de l'hédonisme.

Royaume des fées

Obama a semblé reconnaître, dans les toutes premières minutes de son discours d'investiture, que les circonstances sont loin d'être favorables pour notre pays, que ça va encore empirer et que les gens pourraient rapidement regretter d'être nés. Il a prononcé une jolie phrase sur cet «hiver de difficultés». Et puis il y a eu ce magnifique passage: «La perte de confiance à travers le pays est moins tangible mais elle n'en est pas moins profonde. Cette peur tenace d'un déclin inévitable de l'Amérique. Cette idée que la prochaine génération doit revoir ses ambitions à la baisse».

Pourquoi ne pas avoir arrêté là son discours? Ç'aurait été une belle conclusion. Courte, simple, efficace. Il les aurait laissés à leurs mouchoirs.

Mais non, le président a poursuivi son discours au royaume des fées, parlant d'espoir et de possibilités, déclarant la «fin des doléances mesquines» – ce qui m'a d'ailleurs fait me demander à quoi j'allais bien pouvoir m'occuper pendant les prochaines années. A ce moment de l'histoire américaine, il serait peut-être mieux de dire que bientôt, on vivra tous dans les bois, qu'on chassera les écureuils et qu'on ramassera des tubercules. Au moins, personne ne nous accusera de faire des promesses impossibles à tenir.