Alexeï Navelny, quelques minutes avant son interpellation
Alexeï Navelny, quelques minutes avant son interpellation — Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

DE RETOUR

Russie: L'avion d'Alexeï Navalny dérouté, l'opposant russe arrêté à son arrivée à Moscou

L'opposant à Moscou avait décollé cet après-midi de Berlin, où il était en convalescence depuis son empoisonnement

Alexeï Navalny a été interpellé ce dimanche à son arrivée à Moscou alors qu’il s’apprêtait à passer le contrôle des passeports. L’avion du principal opposant au Kremlin venait de se poser à l’aéroport Cheremetievo, après avoir été dérouté. Il devait à l’origine atterrir à l’aéroport Vnoukovo de Moscou, où l'attendaient des dizaines de ses partisans et des unités de la police antiémeute.

Les services pénitentiaires russes (FSIN) ont confirmé dans un communiqué son arrestation, lui reprochant d’avoir violé les conditions d’une peine de prison avec sursis dont il a écopé en 2014, alors qu’il se trouvait ces cinq derniers mois en convalescence en Allemagne à la suite d’un empoisonnement. Le FSIN a précisé qu’Alexeï Navalny, 44 ans, « figure sur une liste des personnes recherchées depuis le 29 décembre 2020 pour de multiples violations de sa période probatoire ». « Il restera en détention jusqu’à la décision du tribunal » sur son cas, ajoute-t-il, sans préciser à quelle date elle pourrait avoir lieu.

37 interpellations à Moscou

«La France a pris connaissance avec une très forte préoccupation de l'arrestation en Russie de M. Alexeï Navalny. Elle suit, avec ses partenaires européens, sa situation avec la plus grande vigilance et appelle à sa libération immédiate», a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Le président du Conseil européen Charles Michel a également dénoncé comme « inacceptable » l’interpellation d’Alexeï Navalny, exigeant sa libération « immédiate ». Le futur conseiller à la sécurité nationale du président élu américain Joe Biden, Jake Sullivan, a également appelé à la libération de l’opposant et à « tenir responsable » les auteurs de son empoisonnement en août.

En montant à bord aux côtés de sa femme Ioulia, Alexeï Navalny avait dit être « très heureux » de revenir et assuré «n'avoir rien à craindre en Russie». « Je suis certain que tout va bien se passer. On va m’arrêter ? Ce n’est pas possible, je suis innocent », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « En Allemagne, c’était bien, mais rentrer à la maison c’est toujours mieux ». Alors qu’il se trouvait à bord de l’avion, la police a interpellé la plupart de ses alliés venus l’accueillir, dont Lioubov Sobol, figure montante de l’opposition russe déjà arrêtée il y a quelques semaines. Selon l’ONG spécialisée OVD-Info, 37 personnes au total ont été arrêtées ce dimanche à Moscou.

Moscou a toujours nié toute tentative d’empoisonnement

Le chef de file de l’opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu’il revenait d’une tournée électorale en Sibérie. D’abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches. Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l’opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l’époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou. L’opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d’avoir tenté de l’assassiner sur l’ordre direct de Vladimir Poutine.