«Tout est à reconstruire au Zimbabwe»

INTERVIEW Philippe Hugon est chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste de l'Afrique...

Maud Descamps

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Le principal parti d'opposition zimbabwéen a accepté vendredi d'entrer à la mi-février dans un gouvernement d'union avec le président Robert Mugabe, un pas important vers une éventuelle sortie de crise après près d'un an de blocage politique.
Le principal parti d'opposition zimbabwéen a accepté vendredi d'entrer à la mi-février dans un gouvernement d'union avec le président Robert Mugabe, un pas important vers une éventuelle sortie de crise après près d'un an de blocage politique. — Alexander Joe AFP/Archives
L'opposition et le président Robert Mugabe ont trouvé un terrain d'entente, ce vendredi, pour un gouvernement d'union nationale. Qu'est-ce que cela va changer quelque chose pour la population?

Je suis très surpris qu'un accord ait été trouvé. Si la formation d'un gouvernement d'union nationale aboutit réellement alors c'est une très bonne nouvelle. Cela signifie que Robert Mugabe est prêt à lâcher du lest et se prépare à sortir. Le régime de Mugabe est en fin de course et les décisions qui ont été prises par le Président ont conduit le pays à la catastrophe. Morgan Tsvangirai, le chef de l'opposition qui devrait devenir Premier ministre si l'accord aboutit, va devoir faire face à une situation difficile car tout est à reconstruire au Zimbabwe.
 
Est-ce la première fois que le pays connaît une telle crise sanitaire avec l'épidémie de choléra?

Le Zimbabwe est dans une situation de crise généralisée, pas seulement sanitaire. En plus du choléra, la situation politique et économique est désastreuse. Il y a également un grand risque de famine qui touche la population ainsi que le chômage. C'est d'ailleurs pourquoi un grand nombre d'habitants ont fui le pays vers l'Afrique du Sud. Mais il s'agit bien de la première fois qu'une telle épidémie de choléra touche le pays à une si grande ampleur.
 
Que signifie la signature de cet accord pour le devenir de Robert Mugabe? Le Président Sénégalais lui a proposé de l'accueillir dans son pays s'il abandonnait le pouvoir...

Cela permettra sûrement à Mugabe de quitter le pouvoir la tête haute. Il faut savoir que malgré sa politique désastreuse, il jouit du soutien de l'Union africaine et est perçu comme un héros de l'indépendance et de la fin de l'Apartheid par une grande partie de la population. Il est donc important pour un grand nombre de Zimbabwéens que l'histoire de Mugabe soit honorée. En recevant le soutien de dirigeants comme le président sénégalais Abdoulaye Wade, Robert Mugabe conserve son image de grand homme politique et militaire.