Mugabe parvient à un accord politique, mais ne vient pas à bout du choléra

AFRIQUE Alors que la formation d'un gouvernement d'union nationale est sur le point d'aboutir, l'épidémie de choléra qui ravage le pays est hors de contrôle...

Maud Descamps avec agence

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Le régime du président zimbabwéen Robert Mugabe a menacé de former un gouvernement avec ou sans l'opposition, quelle que soit l'issue d'un nouveau sommet de l'Afrique australe, consacré à la crise dans le pays, qui devait s'ouvrir lundi à Pretoria.
Le régime du président zimbabwéen Robert Mugabe a menacé de former un gouvernement avec ou sans l'opposition, quelle que soit l'issue d'un nouveau sommet de l'Afrique australe, consacré à la crise dans le pays, qui devait s'ouvrir lundi à Pretoria. — Desmond Kwande AFP/Archives

Une légère éclaircie dans le paysage politique du Zimbabwe. Le principal parti d'opposition a accepté vendredi de participer à un gouvernement d'union avec le président Robert Mugabe, plus de quatre mois après la signature d'un accord de partage du pouvoir. «Nous avons décidé de participer à cet accord parce que nous avons obtenu des assurances de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) sur la prise en compte de nos problèmes», a déclaré un haut responsable du parti.

Le président Mugabe et le chef de l'opposition, Morgan Tsvangirai, avaient signé en septembre un accord de partage du pouvoir qui se heurtait, jusqu'à présent, à la répartition des ministères clés. Les leaders de la SADC ont recommandé mardi à l'issue d'un sommet marathon que leur gouvernement d'union entre en fonction le 13 février.

Le pire scénario selon l'OMS

Une avancée pour ce pays en proie à une crise politique majeure. Mais le défi d'une scène politique apaisée n'est pas le seul à relever pour le président Zimbabwéen. Depuis le mois d'août 2008 une épidémie de choléra ravage le pays. Plus de 3.000 personnes sont mortes, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et près de 60.000 sont touchées par la maladie. Un chiffre qui constitue le «scénario du pire» envisagé par l'OMS. «L'épidémie de choléra au Zimbabwe, l'une des plus graves jamais enregistrées dans le monde est loin d'être sous contrôle et il faut améliorer de manière urgente la réponse pour renverser la tendance», a averti le Dr Eric Laroche, responsable du service de gestion de crises de l'OMS.

Transmise par les eaux usées mais aussi par l'alimentation, le choléra est une maladie infectieuse qui provoque de violentes diarrhées. «Les personnes atteintes peuvent perdre jusqu'à 15 litres de liquide par jour», explique Marie-Laure Quilici, directrice du centre national de référence des vibrions et du choléra de l'Institut Pasteur, à 20minutes.fr. «Si l'homme est un réservoir pour cette bactérie, l'environnement l'est également. La maladie se transmet donc très rapidement par les eaux infectées».

Une maladie «politique et sociale»

Le manque d'assainissement, de structures d'accueil pour les patients, d'hygiène sont la principale cause de l'apparition et du développement de la maladie. Présente dans tout le pays, le choléra s'est également propagé à l'Afrique du sud voisine (lien carte) où trente et une personnes sont mortes du virus. «Le défi n'est pas seulement à Harare, mais aussi dans les zones reculées du pays où il est très difficile de mettre en place des mesures pour contenir l'épidémie», a relevé le Dr David Heymann, responsable du service de sécurité sanitaire de l'OMS.

«Sans une action radicale davantage encore de Zimbabwéens vont succomber à l'épidémie et d'autres pays d'Afrique australe vont être confrontés à cette menace», prédit l'OMS. Une situation urgente à laquelle le président Mugabe n'a pas encore réagi. Il y a quelques semaines encore, il niait toute épidémie. (lien). Pourtant Robert Mugabe semble avoir une part de responsabilité dans la propagation du choléra. «Ce sont les conditions économiques et sociales qui font que le choléra se développe et se répand», explique Marie-Laure Quilici. «Lorsqu'il y a des regroupements de population dans des conditions difficiles, la promiscuité et le manque d'hygiène favorisent l'apparition de la maladie. Pour preuve le choléra a complètement disparu des pays développés.»

Selon l'OMS, jusqu'à la moitié des 12 millions d'habitants du Zimbabwe sont susceptibles de contracter la maladie en raison de l'insalubrité des conditions de vie dans le pays. Elle a appelé à «mettre de côté les différends politiques» pour lutter contre l'épidémie. Le système de santé du Zimbabwe, autrefois cité en exemple, s'est complètement effondré. Médecins et infirmières ne reçoivent aucun salaire depuis des mois et ont déserté dispensaires et hôpitaux.

Le Zimbabwe en chiffres

Population totale: 12.382.920 hab
Espérance de vie à la naissance: 44 ans pour les hommes /43 ans pour les femmes
Quotient de mortalité infanto-juvénile (pour 1.000 naissances vivantes): 85 (en France: 5)
Dépenses totales consacrées à la santé du PIB (2005): 8.1% (En France: 11,2%)