Etats-Unis : Des républicains favorables à l’impeachment de Trump, bataille en vue au Sénat sur une destitution

STRATEGIE Si la mise en accusation du président américain pour « incitation à l’insurrection » semble probable à la Chambre, les démocrates auront besoin de 17 républicains pour une condamnation au Sénat

Philippe Berry

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Le leader des républicains au Sénat américain, Mitch McConnell.
Le leader des républicains au Sénat américain, Mitch McConnell. — Sipa USA

Donald Trump joue sa survie immédiate, mais surtout son avenir. Mardi, cinq élus républicains se sont déclarés en faveur de l’impeachment du président américain pour « incitation à l’insurrection » lors des violences du Capitole. Alors que la Chambre pourrait voter la mise en accusation de Donald Trump dès mercredi, la véritable bataille se jouera au Sénat, où les démocrates auront besoin du renfort de 17 républicains pour condamner et destituer le président américain – ce qui pourrait ouvrir la voie à son inéligibilité via un second vote. Et selon le New York Times, le très influent leader des républicains, Mitch McConnell, n’y serait pas opposé.

Mardi, la numéro 3 des républicains à la Chambre, Liz Cheney, a annoncé qu’elle voterait en faveur de l’impeachment. « Le président des Etats-Unis a assemblé cette meute et allumé la flamme de cette attaque. Il n’y a jamais eu une trahison plus grave par un président de son serment à la Constitution », a écrit la fille de l’ancien vice-président Dick Cheney, alors que cinq personnes sont décédées lors de l’attaque du Capitole par des supporteurs de Donald Trump, le 6 janvier.

Mike Pence refuse d’invoquer le 25e amendement

Mardi soir, la Chambre a adopté une résolution demandant officiellement au vice-président américain d’invoquer le 25e amendement pour déclarer Donald Trump « inapte » et assumer les fonctions présidentielles. Mais Mike Pence a expliqué dans une lettre qu’il y était opposé : « Je ne crois pas que cela soit dans l’intérêt de notre pays ou en accord avec notre Constitution. » Selon lui, le 25e amendement a été instauré pour des urgences médicales et pas des crises politiques.

Le texte de la Chambre donnait 24 heures à Mike Pence pour y répondre. La présentation de l’acte d’accusation du président américain devrait avoir lieu mercredi et un vote se dérouler dans la foulée. Avec la majorité démocrate à la Chambre et le renfort de plusieurs républicains, Donald Trump devrait devenir le premier président américain de l’histoire à être impeaché deux fois.

Partie d’échecs en vue au Sénat

A une semaine de la prise de fonctions de Joe Biden, la suite s’annonce plus compliquée. Après un impeachment, un procès, qui dure en général plusieurs semaines, doit s’organiser au Sénat. Reste à savoir quand. Mitch McConnell a indiqué qu’il pourrait en théorie se tenir après le départ de Donald Trump mais on entre dans une zone de flou constitutionnel – la Cour suprême pourrait être amenée à trancher.

Pour condamner et destituer un président américain, une majorité des deux tiers est nécessaire au Sénat. Il faudrait donc que Donald Trump soit lâché par 17 républicains. Si plusieurs sénateurs critiques du président américain pourraient franchir le Rubicon (Mitt Romney, Susan Collins, Lisa Murkowski ou Pat Toomey) et être rejoints par des élus fraîchement réélus ou partant bientôt à la retraite, il en faudrait davantage. C’est là que la position de Mitch McConnell pourrait peser.

Selon le New York Times et le Washington Post, le leader des républicains n'a pas estime que les actions de Donald Trump justifient un impeachment, mais il souhaite attendre d’entendre les arguments pour se décider. En cas de condamnation, un second vote – celui-là à une simple majorité – pourrait ensuite rendre Donald Trump inéligible. Un scénario qui serait loin de déplaire à McConnell, en colère après la double défaite en Géorgie, et à plusieurs républicains qui ont déjà les yeux braqués sur 2024.