Ouïghours : Londres dénonce la « barbarie » de Pékin et prend des mesures

PASSE D'ARMES Près d’un million d’Ouïghours seraient enfermés dans des camps de rééducation politique dans la région du Xinjiang

20 Minutes avec AFP

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Des femmes ouïghours devant une mosquée à Kashgar dans la région du Xinjiang le 8 novembre 2013
Des femmes ouïghours devant une mosquée à Kashgar dans la région du Xinjiang le 8 novembre 2013 — Carol Huang AFP

Pour empêcher les marchandises liées au travail forcé présumé des Ouïghours dans la région du Xinjiang d’arriver jusqu’aux consommateurs britanniques, le Royaume-Uni a dévoilé plusieurs mesures, ce mardi, dénonçant la « barbarie » de Pékin envers cette minorité musulmane.

Selon des experts étrangers, un million d’Ouïghours, principale minorité ethnique du Xinjiang, ont été placés en détention ces dernières années dans des camps de rééducation politique.

Pas de produits en provenance du Xinjiang

Pékin dément et affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle destinés à éloigner les personnes de la tentation de l’islamisme, du terrorisme et du séparatisme après une série d’attentats attribués à des Ouïghours. C’est une « barbarie que l’on espérait reléguée au passé qui est pratiquée aujourd’hui », a déclaré le chef de la diplomatie Dominic Raab devant les députés britanniques, évoquant « la détention arbitraire, la rééducation politique, le travail forcé, la torture et la stérilisation forcée » des Ouïghours « à l’échelle industrielle ».

Face à ces « violations inacceptables des droits humains », le Royaume-Uni avait le « devoir moral » de réagir, a poursuivi le ministre, annonçant des mesures visant à interdire les importations et exportations liées au travail forcé des Ouïghours. « Nous devons agir pour assurer que les entreprises britanniques ne participent pas aux chaînes d’approvisionnement qui mènent jusqu’aux portails des camps d’internement dans le Xinjiang », a-t-il détaillé. Il s’agit aussi de « veiller à ce que les produits issus des violations des droits humains ne finissent pas dans les rayons des supermarchés où nous faisons nos achats ici », a-t-il ajouté.

Pékin demande à Londres « de cesser de s’ingérer dans les affaires intérieures »

Dans un contexte de relations déjà tendues, l’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, a demandé au Royaume-Uni « de cesser de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine ». Après une intervention de Londres sur les Ouïghours lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur la lutte antiterroriste, le diplomate chinois a dénoncé une « attaque purement politique » et « sans fondement » du Royaume-Uni. Des directives vont être émises en direction des entreprises britanniques, qui encourront des amendes si elles ne peuvent démontrer que leurs approvisionnements ne sont pas liés au travail forcé dans le Xinjiang, immense région du nord-ouest de la Chine constituant un important fournisseur de coton au niveau mondial.

Cette obligation de transparence sera étendue au secteur public, a souligné Dominic Raab, et les entreprises tirant profit du travail forcé seront exclues des marchés publics. Les exportations seront également encadrées pour éviter que des entreprises ne contribuent « directement ou indirectement » aux violations des droits humains dans cette région frontalière avec l’Afghanistan et le Pakistan, a-t-il poursuivi. Début janvier, la chaîne britannique de grands magasins Marks & Spencer s’était engagée à ne pas utiliser dans les vêtements qu’elle vend du coton provenant du Xinjiang. Il s’agit de la première grande entreprise britannique à avoir rejoint un « Appel à agir » pour les Ouïghours, lancé par quelque 300 ONG.