Coup de froid pour « les nouveaux vikings »

Aurélien Mathé

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La situation est inédite depuis 1976 : un pays occidental a dû demander l'aide du Fonds monétaire international (FMI). Et, qui plus est, un pays classé, en 2007, au premier rang de l'indice de développement humain par l'ONU. En octobre dernier, l'Islande a reçu une aide du FMI de 1,6 milliard d'euros, afin de sortir d'une crise financière qui a commencé à la fin 2008. Depuis, elle s'est propagée au secteur économique, social et politique.

Durant la dernière décennie, la petite île nordique a pourtant connu un âge d'or. Les héros de ces années fastes, surnommés « les Nouveaux Vikings », sont devenus de véritables stars lorsqu'ils ont pris le contrôle des trois grandes banques d'Etat en 2001. Proches du pouvoir, ils multiplient les investissements à l'étranger, dans des opérations audacieuses, engageant parfois jusqu'à dix fois le PIB de l'île. Ils vivent dans le luxe, dépensent sans compter, et la population suit le mouvement : les crédits coulent à flots.

Mais une fois la crise venue, ils se trouvent forts dépourvus : incapables de se refinancer, les deux plus grandes banques du pays sont nationalisées en catastrophe par le gouvernement. Depuis octobre, les prévisions sont chaque jour plus alarmantes : le PIB devrait se contracter de 9,6 % en 2009, l'inflation monter à 18 %, et le taux de chômage à 7,8 %. Les Islandais découvrent la contestation politique : le gouvernement doit faire face, depuis octobre, à des manifestations croissantes. Résultat : le Premier ministre, Geir Haarde et son gouvernement ont démissionné lundi.

Ces derniers avaient pourtant tenté de mobiliser l'aide internationale. Mais devant la faible réaction des pays occidentaux, une délégation s'était rendue, dès octobre, à Moscou, où elle obtenait un prêt de 4 milliards d'euros. Une initiative plutôt mal perçue pour un pays membre de l'Otan. Pendant la guerre froide, l'Islande était en effet un maillon indispensable de repérage des sous-marins soviétiques, et a longtemps abrité une base militaire américaine. En se tournant vers la Russie, le pays réaffirme ainsi sa non-appartenance à l'Union européenne (UE). Les Islandais commencent cependant à douter des bienfaits de cette politique : après avoir constaté le rôle protecteur de l'euro durant la crise, ils sont plus de 70 % à souhaiter une adhésion à l'UE et l'abandon de la couronne au profit de l'euro. ■