Mexique : Le glyphosate et le maïs OGM seront bientôt interdits

ADIOSOGM L’association Greenpeace s’est félicitée de la nouvelle tandis que l’industrie agroalimentaire craint une « perte de compétitivité »

20 Minutes avec agences
— 
Plus aucun permis d'importation de maïs  transgénique ne sera délivré au Mexique d'ici trois ans. (Illustration)
Plus aucun permis d'importation de maïs transgénique ne sera délivré au Mexique d'ici trois ans. (Illustration) — Ronaldo Schemidt AFP

Le gouvernement mexicain, dirigé par le président de gauche Andres Manuel Lopez Obrador, dit adieu au glyphosate et au maïs OGM. Un décret entré en vigueur le 1er janvier annonce que les autorités « révoqueront et s’abstiendront d’accorder des permis pour la dissémination dans l’environnement de semences de maïs génétiquement modifié ».

Protéger le maïs indigène

Les importations de maïs transgénique seront réduites peu à peu jusqu’à ce que plus aucun permis d’importation ne soit délivré, d’ici trois ans. Cette mesure vise, selon le gouvernement, à contribuer à la souveraineté alimentaire et à protéger le maïs indigène du Mexique.

Le pays est pourtant un grand importateur de cette céréale : il en a acheté 714.900 tonnes sur le marché mondial. Il s’agit en effet d’un ingrédient de base de l’alimentation des Mexicains, consommé quotidiennement dans les célèbres tortillas.

Des alternatives durables

Concernant le glyphosate, un herbicide controversé et classé depuis mars 2015 comme « cancérigène probable » par le Centre national de recherche contre le cancer (CIRC), il sera progressivement éradiqué avec une interdiction totale au 31 janvier 2024.

Le décret invite l’industrie agroalimentaire à se tourner vers des alternatives durables telles que « les produits agrochimiques, biologiques ou organiques de faible toxicité, les pratiques agroécologiques ou celles nécessitant une utilisation intensive de main-d’œuvre ».

Le Roundup de Monsanto

Le glyphosate est notamment commercialisé par la firme américaine Monsanto​, filiale de la division agrochimie du groupe allemand Bayer. Cette dernière a annoncé à la fin de juin un accord de plus de dix milliards de dollars pour solder plus de 100.000 litiges rien qu’aux Etats-Unis concernant le Roundup, son herbicide à base de glyphosate accusé de provoquer le cancer.

Greenpeace a salué les décisions du gouvernement. « Ce sont des étapes importantes vers une production écologique qui préserve la biodiversité », a-t-elle déclaré dans un communiqué. Pour l’association, OGM et glyphosate mettent en danger « la diversité des variétés agricoles conservées dans les champs qui sont fondamentales pour la production alimentaire ».

Une perte de compétitivité

Contrairement aux défenseurs de l’environnement, Proccyt, organisation représentative de l’industrie agroalimentaire, a estimé qu’il s’agissait d’un « pas en arrière ». « C’est un affront, manifeste et opportuniste, qui affecte toute la campagne mexicaine et met en danger la stabilité des prix et la disponibilité d’aliments stratégiques comme le maïs », a déclaré l’organisation dans un communiqué. Proccyt a en outre averti que les agriculteurs mexicains allaient perdre en compétitivité face aux agriculteurs qui utilisent l’herbicide, notamment états-uniens.

La France encore dépendante

Avec ces engagements fermes, le Mexique s’impose en précurseur en Amérique latine et au-delà. En octobre dernier, l’Argentine est devenue le premier pays au monde à approuver la commercialisation de blé génétiquement modifié, tandis qu’en Colombie la pulvérisation en masse de glyphosate par le gouvernement pour détruire les cultures de coca clandestines commence à être remise en question.

En Europe, seul le Luxembourg s’est pour l’instant engagé à se passer du glyphosate dont l’autorisation de commercialisation dans l’Union européenne court jusqu’à fin 2022. Dans une interview accordée à Brut, le président français Emmanuel Macron avait évoqué « un échec collectif » à propos de la difficulté de se passer de cet herbicide.