La justice sud-coréenne condamne Tokyo à dédommager d'anciennes esclaves sexuelles

HISTOIRE Il s'agit du premier dossier civil présenté à la justice en Corée du Sud contre Tokyo par celles qui étaient appelées dans un euphémisme «femmes de réconfort», et qui étaient les esclaves sexuelles des militaires japonais lors de la Seconde guerre mondiale

20 Minutes avec AFP

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L'avocat Kim Kang-won commente auprès des médias, le 8 janvier, la décision de la justice coréenne de demander au gouvernement japonais de payer une compensation finacnière à douze esclaves sexuelles de la seconde guerre mondiale et à leurs familles.
L'avocat Kim Kang-won commente auprès des médias, le 8 janvier, la décision de la justice coréenne de demander au gouvernement japonais de payer une compensation finacnière à douze esclaves sexuelles de la seconde guerre mondiale et à leurs familles. — Ed JONES / AFP

La justice sud-coréenne a condamné vendredi le Japon à dédommager douze femmes qui avaient été réduites à l'esclavage pendant la Seconde guerre mondiale dans les bordels de l'armée impériale, une décision sans précédent, et d'emblée condamnée par Tokyo.

Le tribunal du district central de Séoul a décidé que le gouvernement japonais devrait payer à chacune des victimes ou à leurs familles 100 millions de won (74.000 euros), rapporte l'agence sud-coréenne Yonhap.

« Femmes de réconfort »

Il s'agit du premier dossier civil présenté à la justice en Corée du Sud contre Tokyo par celles qui étaient appelées dans un euphémisme «femmes de réconfort», et qui étaient les esclaves sexuelles des militaires japonais. Tokyo conteste la légalité de ces poursuites, estimant que ces contentieux ont été réglés par le traité de 1965 qui avait permis la reprise des relations diplomatiques bilatérales.

Dans son jugement, le tribunal relève que le Japon impérial était responsable du système des «femmes de réconfort». «Les plaignantes (...) furent soumises à une exploitation sexuelle prolongée», affirme-t-il. «Cela relevait d'un acte illégal contre l'humanité et le défendeur a l'obligation de compenser les victimes pour le préjudice mental.»

«Inacceptable» pour Tokyo

Tokyo et Séoul sont deux alliés clés des Etats-Unis dans une région dominée par la Chine et confrontée à la menace d'une Corée du Nord dotée de l'arme nucléaire. Mais leurs relations sont plombées par les vieux contentieux hérités de la période où la péninsule était colonie japonaise (1910-1945). Elles se sont envenimées depuis l'élection du président sud-coréen Moon Jae-in, avocat de centre-gauche engagé dans les dossiers des droits de l'Homme.

Tokyo a condamné vendredi le jugement et convoqué l'ambassadeur de Corée du Sud. «Il est extrêmement regrettable que le tribunal du district central de Séoul nie le principe de l'immunité souveraine» des Etats, a déclaré dans un communiqué le ministère japonais des Affaires étrangères. «C'est pour le gouvernement japonais inacceptable.»

Jusqu'à 200.000 femmes contraints à la prostitution ?

Selon la majorité des historiens, jusqu'à 200.000 femmes - principalement originaires de Corée mais également d'autres pays asiatiques y compris la Chine - ont été forcées à se prostituer dans des bordels militaires japonais.

Le jugement rendu vendredi découle de poursuites intentées il y a huit ans par 12 plaignantes, dont cinq sont encore en vie. Les autres sont représentées par leurs familles.

Tokyo a toujours refusé de comparaître, soutenant que le contentieux avait été vidé par le traité de 1965 qui impliquait le versement de réparations. Il stipulait en outre que toutes les réclamations entre les Etats et leurs ressortissants se trouvaient «réglées complètement et définitivement».

Mais pour le tribunal de Séoul, cet accord ne portait pas sur le droit des femmes à réclamer des dédommagements au Japon.

Un sujet qui émerge depuis les années 1990

«Je suis profondément émue par la décision rendue aujourd'hui», a déclaré aux journalistes Kim Kang-won, un des avocats des plaignantes. «C'est le premier verdict du genre pour les victimes qui ont souffert à cause des troupes japonaises.»

Rejetant l'argument selon lequel le contentieux aurait été vidé en 1965, il a rappelé qu'à cette époque, la question tragique des «femmes de réconfort» ne faisait l'objet d'aucune discussion. Il fallut attendre les années 1990 pour que ce douloureux sujet émerge véritablement en Corée du Sud, à la faveur de la montée en puissance de mouvements féministes.

Kim Dae-wol, de la «Maison du partage», une organisation de soutien aux victimes, affirme que ce qui motive ces dernières, ce ne sont pas les dédommagements. «Ce qu'elles veulent, c'est que le gouvernement japonais informe ses citoyens des atrocités qu'il a commises», explique-t-elle.