Présidentielle américaine : Pourquoi la fronde des républicains contre la victoire de Joe Biden est vouée à l’échec au Congrès

ANALYSE La contestation des fidèles de Donald Trump n’a aucune chance d’aboutir, mercredi, face à la majorité démocrate à la Chambre

Philippe Berry
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Le vice-président américaine Mike Pence, Donald Trump et la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi le 4 février 2020.
Le vice-président américaine Mike Pence, Donald Trump et la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi le 4 février 2020. — Leah Millis/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

D’habitude, c’est une cérémonie qui relève de la simple formalité. Mais alors que Donald Trump refuse de reconnaître sa défaite à la présidentielle du 3 novembre, une bataille sans précédent va se dérouler mercredi au Congrès, qui se réunit pour compter les votes du collège électoral. Malgré la contestation attendue de nombreux élus républicains et la pression d’une Marche pour Trump organisée à Washington, la majorité démocrate à la Chambre protège Joe Biden de tout retournement de situation.

La session du Congrès démarre à 13 heures (19 heures à Paris). Les enveloppes scellées des résultats du collège électoral, qui a voté mi-décembre pour Joe Biden par 306 voix contre 232, sont ouvertes par le vice-président, qui annonce le total et demande s’il y a une objection. Pour être examinée, elle doit recevoir le soutien d’un sénateur et d’un représentant. C’est déjà arrivé, notamment en 2004, quand deux démocrates avaient contesté les résultats de l’Ohio en faveur de George W. Bush.

Mercredi, la fronde sera d’une ampleur sans précédent. Alors que Donald Trump crie à la fraude malgré 60 revers devant les tribunaux et deux devant la Cour suprême, une douzaine de sénateurs républicains menés par Josh Hawley et Ted Cruz, et une centaine d’élus de la Chambre, ont annoncé qu’ils avaient l’intention de s’opposer aux résultats de plusieurs Etats.

Mike Pence sous pression

Ce qui se passe ensuite est dicté par une loi de 1887 et le 12e amendement de la Constitution. Le Sénat et la Chambre se retirent pour débattre pendant deux heures, puis votent séparément. Parce que les démocrates sont majoritaires à la Chambre, ils sont en mesure de bloquer toute objection.

Mardi, Donald Trump a mis la pression sur Mike Pence, assurant sur Twitter que « le vice-président a le pouvoir de rejeter des grands électeurs choisis frauduleusement ».

C’est faux, comme le rappellent le professeur de droit Rick Hansen et de nombreux experts constitutionnels. Selon les textes, le rôle du vice-président est avant tout protocolaire. Il est chargé « d’ouvrir les certificats puis les votes sont ensuite comptés ».

Ce ne sera pas la première fois de l’histoire qu’un vice-président se retrouve dans une position inconfortable. Certains ont même dû annoncer leur propre défaite, comme Al Gore en 2001 et Richard Nixon en 1961. En officialisant la victoire de son adversaire John F. Kennedy, Nixon s’était exclamé : « Je ne peux pas imaginer un plus bel exemple de la stabilité de notre système constitutionnel », où « la liberté, la justice et la paix […] sont plus importantes que les ambitions de tout homme ou parti. » Une autre époque.