Algérie : Un internaute condamné à une lourde peine de prison pour des publications sur Facebook

LIBERTE D'EXPRESSION Walid Kechida a été condamné à trois ans de prison ferme pour avoir publié sur les réseaux sociaux des mèmes moquant les autorités

20 Minutes avec agences

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L'Internaute algérien avait posté des mèmes dans un groupe Facebook (illustration).
L'Internaute algérien avait posté des mèmes dans un groupe Facebook (illustration). — Igor Golovniov / SOPA Images/Sip/SIPA

La sanction s’inscrit dans un climat de répression accrue de la liberté d’expression sur Internet en Algérie. Un jeune internaute a été condamné ce lundi à une lourde peine de prison pour avoir publié sur Facebook des « mèmes » moquant les autorités et la religion.

« Walid Kechida est condamné malheureusement à trois ans de prison ferme assortis d’une amende » de 500.000 dinars (3.000 euros), a ainsi déclaré Kaci Tansaout, coordinateur du Comité national de libération des détenus (CNLD), une association de soutien aux prisonniers d’opinion en Algérie. « L’heure est très grave au moment où on s’attendait à sa libération aujourd’hui, voire même à une relaxe. Maintenant, on doit tous se mobiliser aux côtés des avocats » en vue du « procès en appel », a-t-il ajouté.

Des « mèmes » sur Facebook

Le parquet de Sétif (nord-est du pays) avait requis cinq ans de prison contre Walid Kechida, 25 ans, accusé d'« offense au président », « aux préceptes de l’islam » et d'« outrage à corps constitué ». Le militant, connu de la jeunesse locale, est en détention provisoire depuis plus de huit mois.

Il lui est reproché d’avoir publié des « mèmes » – des images détournées de façon humoristique sur les réseaux sociaux - touchant aux autorités, notamment au président Abdelmadjid Tebboune, et à la religion. Ses illustrations virales, moquant de nombreux sujets, étaient diffusées sur le groupe Facebook « Hirak Memes », dont il était l’administrateur.

L’échéance des législatives

« Le pouvoir maintient sa feuille de route autoritaire et décide un autre coup de force en prévision des législatives, le durcissement des peines en est le signal », a dénoncé sur Twitter Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH). Ces élections sont prévues courant 2021, et le président Tebboune – en convalescence après avoir été soigné du coronavirus pendant deux mois en Allemagne - a fait de l’élaboration de la nouvelle loi électorale en vue de ce scrutin une priorité.

« Le gouvernement algérien poursuit sa vengeance contre les militants du Hirak », le mouvement de contestation populaire, a réagi sur Twitter Ahmed Benchemsi, un responsable régional de Human Rights Watch (HRW). Au total, plus de 90 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie en lien avec les protestations du Hirak et/ou les libertés individuelles. Des poursuites fondées dans au moins 90 % des cas sur des publications sur les réseaux sociaux critiques envers les autorités, selon le CNLD.

Plusieurs affaires similaires

Si le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, estime qu’il « n’existe pas de prisonniers d’opinion en Algérie », des ONG de défense des droits humains jugent quant à elles que l’étau se resserre sur Internet. Des affaires en justice similaires à celle de Walid Kechida se sont ainsi multipliées en 2020.

Mustapha Bendjama, rédacteur en chef du quotidien Le Provincial basé à Annaba (nord-est), est actuellement poursuivi dans quatre affaires, toutes en lien avec ses publications sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, l’ex-policier Toufik Hassani, figure du Hirak actuellement emprisonné, a été condamné ce lundi à six mois ferme notamment pour « atteinte à l’intégrité du territoire national par le moyen de publications sur les réseaux sociaux », selon le CNLD. A Alger, trois détenus sont en grève de la faim depuis plus d’une semaine pour dénoncer la prolongation de leur mandat de dépôt. Poursuivis dans la même affaire, ils sont en détention provisoire à la prison d’El Harrach depuis plus de quatre mois.