Mali : La France perd des soldats dans le Sahel mais pas sa volonté de combattre les terroristes

DÉFENSE Deux soldats de la force Barkhane ont été tués, samedi au nord de Ménaka (Mali), quelques jours seulement après le décès de trois de leurs frères d’armes

Vincent Vantighem

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Ménaka (Mali), le 21 novembre 2020. Des combattants d'un groupe armé patrouillent aux abords de Ménaka où des militaires français ont été tués le 2 janvier 2021.
Ménaka (Mali), le 21 novembre 2020. Des combattants d'un groupe armé patrouillent aux abords de Ménaka où des militaires français ont été tués le 2 janvier 2021. — SOULEYMANE AG ANARA / AFP
  • Le sergent Yvonne Huynh et le brigadier Loïc Risser ont été tués, samedi, lors d’une mission au Mali. Cinq jours plus tôt, trois autres soldats étaient également morts dans le Sahel.
  • La France a perdu 50 soldats depuis le début de son opération militaire en 2013. Elle exclut aujourd’hui toute idée d’un retrait.
  • Le but de cette opération est d’éviter le développement des groupes terroristes afin qu’ils ne puissent projeter des attentats sur le sol français.

Elle était pacsée et mère d’un jeune garçon. Le sergent Yvonne Huynh, 33 ans, est la première femme militaire française « morte au combat » depuis le début des Opérations extérieures en 1963*. Samedi, vers 11h, le véhicule blindé léger qu’elle conduisait a sauté sur un engin explosif improvisé (IED, Improvised Explosive Device) alors qu’elle effectuait une mission de reconnaissance et de renseignements au nord de Ménaka, dans le sud du Mali. Le brigadier Loïc Risser, 24 ans, a également perdu la vie à cette occasion, portant à 50 le nombre de soldats français tués au Sahel depuis le début de l’intervention française en 2013.

A l’époque, il s’agissait de stopper la progression de convois remplis de djihadistes avant qu’ils ne s’emparent de Bamako, la capitale malienne. C’était « l’opération Serval ». Sept ans après, les choses ont changé. Bamako a été sauvée. Et les militaires engagés sur place font désormais partie de la « force Barkhane ». Charge à eux de lutter contre les groupes terroristes qui gangrènent ce que l’on appelle « la zone des trois frontières », aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

Carte de localisation de Ménaka où deux militaires français ont été tués le 2 janvier 2021.
Carte de localisation de Ménaka où deux militaires français ont été tués le 2 janvier 2021. - Kun TIAN, Laurence CHU / AFP

Un réseau de « sonnettes » prévient les djihadistes

Dans ce désert de sable ocre et de broussailles sèches, l’ennemi est fourbe. Il s’appuie sur une population locale exsangue à qui il fait miroiter un petit billet en échange d’un renseignement. Téléphone portable, talkie-walkie quand ce n’est pas un simple miroir renvoyant les rayons du soleil : tout est bon pour que ces « sonnettes » préviennent les djihadistes de l’arrivée d’un convoi militaire. Postés plus loin sur la route, ils n’ont alors plus qu’à enfouir leurs bombes artisanales sous le sable, en espérant que la roue du véhicule approchant se posera dessus…

C’est ainsi qu’Yvonne Huynh et Loïc Risser ont perdu la vie. Tout comme trois de leurs frères d’armes tombés dans la magnifique région d’Hombori cinq jours plus tôt. S’il n’est pas en mesure de fournir des statistiques sur le sujet, le ministère de la Défense confirme que les explosions d’IED constituent une « menace très importante » pour les soldats français engagés sur ce théâtre.

Le retrait du Mali n’est pas à l’ordre du jour

Pas de quoi remettre en cause l’engagement français. « La motivation, la pugnacité et l’abnégation des militaires français demeurent intactes face aux groupes qui sèment terreur et chaos », a précisé Florence Parly, la ministre des Armées, dans le communiqué rendant hommage aux « morts pour la France ». Le retrait des forces françaises n’est pas à l’ordre du jour.

Vice-président de la commission Défense de l’Assemblée nationale, le député (PS) David Habib fait partie de l’opposition. Mais sur ce sujet, il n’a rien à reprocher au gouvernement. « Je n’ai pas de grief… Il faut poursuivre le combat, indique-t-il sobrement. Lorsqu’on me demande pourquoi, j’explique que nous nous battons au Sahel pour éviter de voir se développer des réseaux terroristes capable de perpétrer des attentats sur le sol français... »

Les autorités maliennes tentées de négocier

D’autres n’ont pas la même approche. Embourbées sur leur propre territoire, les autorités de transition maliennes n’ont pas exclu d’engager des négociations avec les groupes armés. « Ce n’est pas une bonne idée, estime David Habib. Ce n’est pas Al-Qaïda ou Daesh qui va se mettre à se démocratiser. Mais les autorités qui vont devoir céder à leur chantage… Il ne faut pas négocier. »

Sur ce point aussi, l’exécutif français se montre aussi réticent que ferme. Et il peut compter sur le peu d’intérêt de l’opinion publique sur le sujet pour mener sa politique extérieure. « Les Français sont concentrés sur l’épidémie de coronavirus, analyse Jean-Marc Tanguy, auteur d’un livre sur les forces spéciales**. Ils ne pensent à Barkhane que lorsqu’ils entendent à la radio que des militaires sont morts dans le Sahel… » Ce lundi, à 16h30 sur le pont Alexandre III menant aux Invalides, le passage du convoi funéraire emportant les corps des trois soldats morts le 28 décembre pourrait leur rappeler que 5.100 militaires français sont engagés là-bas.

* Anita Mignot-Gaillon a été retrouvée morte dans des conditions troubles chez elle après avoir servi au Kosovo en 2004. Laurence Briançon-Forest a, elle, perdu la vie dans le crash d’un avion dans le Sinaï égyptien en 2007. Mais elles ne sont pas mortes au combat.

** Forces spéciales de Jean-Marc Tanguy (Edition Grund, 256 pages, 29,95 euros)