Le Royaume-Uni entame sa nouvelle vie de l'après-Brexit sans accroc immédiat

DEAL Le Premier ministre Boris Johnson a promis dans le Daily Telegraph « une année de changement et d’espoir »

20 Minutes avec AFP

— 

Le Premier ministre britannique Boris Johnson après avoir signé l'accord post-Brexit.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson après avoir signé l'accord post-Brexit. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Tournant le dos à près d’un demi-siècle dans le giron européen, le Royaume-Uni a entamé ce vendredi, sa nouvelle vie d’après le Brexit, sans perturbations immédiates mais avec de nombreuses inconnues. Grand artisan du Brexit, le Premier ministre Boris Johnson a promis dans le Daily Telegraph « une année de changement et d’espoir », quatre ans et demi après le référendum ayant déchiré le Royaume-Uni, vantant l’accord de libre-échange conclu juste avant Noël avec Bruxelles.

Près de 200 camions ont aussi emprunté le tunnel sous la Manche

Vendredi matin, alors que les premiers ferries sont partis vers la France, le port anglais de Douvres est resté plongé dans le calme, sans les encombrements tant redoutés après la sortie du Royaume-Uni du marché unique et de l’union douanière, et l’entrée en vigueur de nouvelles formalités des deux côtés de la Manche. Près de 200 camions ont aussi emprunté le tunnel sous la Manche dans la nuit, « sans aucun problème » malgré le rétablissement de formalités douanières, selon son exploitant Getlink.

Si l’accord commercial conclu in extremis avec Bruxelles ne prévoit ni quotas ni droits de douane et évite un « no deal » dévastateur, le bouleversement est réel. La libre circulation permettant aux marchandises comme aux personnes de passer sans entrave la frontière a cessé – sauf entre l’Espagne et l’enclave britannique de Gibraltar, ainsi qu’entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

Champion du libre-échange.

Malgré ces nouvelles contraintes avec le principal marché du Royaume-Uni, le conservateur Boris Johnson a fait miroiter à ses compatriotes une nouvelle ère pleine de promesses et une place renforcée dans le monde pour son pays, comme champion du libre-échange. Avec la présidence du G7 et l’organisation de la grande conférence sur le climat COP26 cette année, 2021 sera « une année très importante » pour le rayonnement du Royaume-Uni, a-t-il assuré sur Twitter.

Dans l’immédiat, c’est un pays gravement endeuillé par la pandémie – plus de 73.500 morts, l’un des pires bilans en Europe – et frappé par sa pire crise économique en trois siècles qui a quitté l’orbite européenne. Boris Johnson doit aussi tourner la page d’une saga orageuse qui l’a emmené au plus haut de l’échelle politique, mais a déchiré les Britanniques. L’unité du Royaume est fissurée, en particulier du côté de l’Ecosse qui a voté à une large majorité pour rester dans l’UE et rêve d’indépendance.

Vers des perturbations dans les ports ?

Et si le calme règne vendredi, des perturbations autour des ports sont anticipées avec la reprise d’activité à plein régime la semaine prochaine, si les nouvelles formalités ralentissent la circulation et allongent les files de camions.

Ainsi, le port de Holyhead, important terminal au Pays de Galles, proche de l’Irlande, pourrait connaître « des retards au cours des prochaines semaines », a prévenu sur Twitter le centre d’information routière gallois. Six chargements y ont été refusés vendredi car ils n’étaient pas en règle.

« Nous allons désormais voir les 80 milliards d’euros d’échanges commerciaux à travers la mer d’Irlande entre le Royaume-Uni et l’Irlande perturbés par beaucoup plus de contrôles et de déclarations, de la bureaucratie et de la paperasserie, et des coûts et retards », a regretté le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, sur la BBC.

Contrairement à l’UE, le gouvernement britannique a décidé de mettre en oeuvre graduellement les contrôles douaniers, qui ne concerneront toutes les marchandises qu’à partir de juillet. L’accord de libre-échange prévoit aussi, pour éviter toute concurrence déloyale, des sanctions et des mesures compensatoires en cas de non respect de ses règles en matière d’aides d’Etat, d’environnement, de droit du travail et de fiscalité.