Argentine : Très divisé, le Sénat se prononce sur la légalisation de l’avortement

LIBERTE Pour l'heure, l'avortement n'est permis qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, selon une loi datant de 1921

20 Minutes avec AFP

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Une manifestation contre l'avortement près de Buenos Aires, en Argentine, le 8 mars 2020.
Une manifestation contre l'avortement près de Buenos Aires, en Argentine, le 8 mars 2020. — Alejandro PAGNI / AFP

Avec autant de voix « pour » et « contre », la loi légalisant l’avortement en Argentine, déjà approuvée par les députés, doit être débattue ce mardi au Sénat, et les débats promettent d’être intenses.

En 2018, les sénateurs de ce pays très catholique, et profondément divisés sur la question, avaient déjà rejeté par sept voix un texte similaire qui autorisait l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à 14 semaines de grossesse.

Un rassemblement des catholiques

Pour l’heure, l’avortement n’est permis qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, selon une loi datant de 1921. Après le vote favorable des députés le 11 décembre - 131 voix pour, 117 contre et 6 abstentions – tous les regards sont désormais tournés vers la Chambre haute, réputée plus conservatrice. La session parlementaire débutera à 16 heures locales (19 heures GMT) et le vote devrait intervenir dans la nuit de mardi à mercredi. Le président de centre gauche Alberto Fernandez, au pouvoir depuis fin 2018, avait promis pendant sa campagne de soumettre à nouveau la légalisation de l’IVG aux parlementaires.

« Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c’est un sujet de santé publique très sérieux », a fait valoir récemment le chef de l’Etat. Mais tous les sénateurs de sa majorité ne sont pas favorables au texte. Malgré la pandémie de coronavirus, les militants pro-IVG et anti-IVG ont prévu de se rassembler mardi devant le Parlement pour exprimer leur soutien ou leur rejet du texte. L’Eglise catholique et les Evangéliques ont lancé un appel à « s’unir pour implorer le respect et le soin de la vie à naître », avec une journée de jeûne et de prière. Reconnaissables à leur foulard bleu ciel, les opposants prévoient de prier devant le Parlement jusqu’à l’annonce du résultat.

Les organisations féministes mobilisées

« Comme il y a deux ans, la Conférence des évêques argentins (CEA) a fait du lobby contre la loi auprès des gouverneurs, fonctionnaires et parlementaires, et les églises pentecôtistes occupent l’espace public », analyse le sociologue Fortunato Mallimaci. Les pro-IVG, ralliés autour de la couleur verte, ont fait une intense campagne sur les réseaux sociaux. En particulier la Campagne pour un avortement légal, sûr et gratuit, qui regroupe plus de 300 organisations féministes, déjà très mobilisées en 2018.

« La stratégie de criminalisation, de stigmatisation, de restriction des libertés dont ont souffert historiquement les femmes et les corps des femmes enceintes, a assez duré ! », a lancé sur les réseaux sociaux Fabiola Heredia, directrice du Musée d’anthropologie de l’Université de Cordoba (centre). Seuls 70 sénateurs, sur 72, devraient participer au vote : un sénateur a été suspendu après une plainte pour agression sexuelle et l’ex-président Carlos Menem (1989-1999), âgé de 90 ans et connu pour ses positions anti-avortement, est hospitalisé.

Entre 370.000 et 520.000 avortements clandestins chaque année

En cas d’égalité, l’ex-présidente (2008-2015) et actuelle vice-présidente Cristina Kirchner, favorable à l’avortement, devrait participer au vote, comme le prévoit la loi. Selon le gouvernement, entre 370.000 et 520.000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays de 44 millions d’habitants, où 38.000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d’avortements clandestins. Pour tenter de convaincre les sénateurs de voter le texte, ce dernier inclut la possibilité pour les médecins de faire valoir leur « objection de conscience ».

Parallèlement, un autre projet de loi, qui sera également débattu mardi par les sénateurs, créé une allocation des « 1.000 jours » destinée à soutenir les mères de famille pendant leur grossesse et les premières années de l’enfant, de façon à réduire les avortements pour raisons économiques. En 2010, le pays sud-américain a autorisé le mariage homosexuel et approuvé en 2012 et une loi sur l’identité de genre.