Arabie Saoudite : La militante Loujain al-Hathloul condamnée à 5 ans et 8 mois de prison mais bientôt libérable

DROITS HUMAINS Loujain al-Hathloul avait notamment milité pour le droit des Saoudiennes à conduire

J.-L.D. avec AFP

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La militante Loujain al-Hathloul au bord d'une voiture
La militante Loujain al-Hathloul au bord d'une voiture — Loujain al-Hathloul

La militante saoudienne des droits humains Loujain al-Hathloul a été condamnée lundi à cinq ans et huit mois de prison pour des crimes liés au terrorisme, ont rapporté des médias saoudiens autorisés à assister au procès. Elle a été reconnue coupable de « diverses activités prohibées par la loi antiterroriste », a précisé le média en ligne pro-pouvoir Sabq, dont un représentant a assisté à l’audience. Néanmoins, sa famille indique que la peine est assortie d’un sursis qui la rend libérable dans quelques mois.

La militante est en détention provisoire depuis plus de deux ans, une période prise en compte dans la peine prononcée, ont souligné des médias saoudiens citant le jugement du tribunal, sans autres explications. Loujain al-Hathloul a été arrêtée avec d’autres militantes en mai 2018, peu avant la levée de l’interdiction de conduire faite aux Saoudiennes, une réforme pour laquelle ces femmes militaient.

Enfermée mais bientôt libérée

Selon des médias saoudiens, la peine est assortie d’un sursis de deux ans et de dix mois « à condition qu’elle ne commette pas de nouveau crime dans les trois ans ». La période passée en détention provisoire est également prise en compte dans la peine de prison, ce qui rend Loujain al-Hathloul, arrêtée en mai 2018, libérable dans « deux mois », a expliqué sa soeur Lina sur Twitter.

Une autre source proche de la famille et le groupe d’opposition ALQST, basé à Londres, ont déclaré qu’elle serait libérée d’ici mars. Les diplomaties française et allemande ont demandé la libération rapide de la militante saoudienne. « Comme nous l’avons déjà dit publiquement à de nombreuses reprises, nous souhaitons la libération rapide de Mme Loujain al-Hathloul », a déclaré un porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères. « La France rappelle sa mobilisation constante en faveur des droits de l’Homme et de l’égalité entre les femmes et les hommes », a-t-il ajouté.

Une cour pénale spéciale prisonniers politiques

Selon le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan Al-Saoud, Loujain al-Hathloul, âgée de 31 ans, est accusée d’avoir été en contact avec des Etats « hostiles » au royaume et d’avoir transmis des informations confidentielles. Mais le gouvernement saoudien n’a apporté aucune preuve tangible à l’appui de ces accusations, selon les proches de la militante.

La famille de Loujain al-Hathloul avait annoncé le 25 novembre que son cas avait été transféré par un juge de la cour pénale de Ryad à une cour chargée des affaires de terrorisme. Cette cour pénale spécialisée a été créée en 2008 pour juger les affaires de terrorisme, mais elle a largement servi depuis à juger des prisonniers politiques, selon des organisations de défense des droits humains.

Critique sur les droits humains de l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite est très critiquée en Occident pour son bilan en matière de droits humains. La militante avait entamé une grève de la faim en prison le 26 octobre avant de l’interrompre deux semaines plus tard, selon sa famille et Amnesty International.

Loujain al-Hathloul avait entre autres comparu le 11 décembre, deux jours après la condamnation par le même tribunal à six ans de prison d’un éminent médecin américano-saoudien, Walid Fitaihi. Il était notamment accusé d’avoir obtenu la nationalité américaine sans autorisation et de sympathies envers une organisation terroriste non identifiée.

Lutte pour la conduite

« Le moral de Loujain est bon mais son état physique reste faible », avait alors déclaré sa soeur Alia al-Hathloul. Militante « acharnée » de la cause des femmes saoudiennes, Loujain al-Hathloul n’a mené que des actions pacifiques dans le royaume ultraconservateur.

Elle a longtemps milité pour le droit des Saoudiennes à conduire et pour la fin de la tutelle qui met la femme à la merci totale de l’homme. Diplômée de l’Université canadienne de Colombie britannique (UBC), elle a été arrêtée, peu avant la levée de l’interdiction de conduire faite aux Saoudiennes pour « tentative de déstabilisation du royaume ».

Plusieurs arrestations

Les médias pro-gouvernementaux ont qualifié ces militantes de « traîtres », pour avoir entretenu des contacts avec diplomates et ONG étrangères. La famille de Mme Hathloul affirme que celle-ci a été victime, en détention, de harcèlement sexuel et de torture. La militante a raconté, selon sa famille, que l’ancien conseiller royal, Saud al-Qahtani, avait menacé de la violer et de la tuer, ce qui nient vigoureusement les autorités.

Ce n’est pas la première fois que cette Saoudienne, familière des réseaux sociaux et originaire d’Al-Qassim, région conservatrice du centre de l’Arabie saoudite, se retrouve derrière les barreaux. Elle avait été arrêtée fin 2014 et placée en détention pour avoir tenté d’entrer en Arabie saoudite au volant d’une voiture en provenance des Emirats arabes unis. Elle en était sortie 73 jours plus tard, à la suite d’une campagne internationale.