Allemagne : Prison à perpétuité pour l’auteur d’un massacre antisémite évité de justesse

CONDAMNATION Stephan Balliet, un Allemand de 28 ans, avait attaqué une synagogue de Halle (Saxe-Anhalt) en pleine fête religieuse de Yom Kippour, le 9 octobre 2019, faisant deux morts et plusieurs blessés

20 Minutes avec AFP

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La police sécurise la synagogue de Halle, en Allemagne, après une fusillade qui a fait deux morts, le 9 octobre 2019.
La police sécurise la synagogue de Halle, en Allemagne, après une fusillade qui a fait deux morts, le 9 octobre 2019. — Robert Michael / dpa / AFP

L’auteur d’une attaque contre une synagogue en Allemagne l’an dernier, qui avait failli devenir le pire attentat antisémite de l’après-guerre dans le pays, a été condamné, ce lundi, à la prison à perpétuité, une décision saluée par plusieurs organisations juives.

Stephan Balliet, un Allemand de 28 ans, qui a clamé son antisémitisme à plusieurs reprises pendant le procès, a été reconnu coupable de deux meurtres et plusieurs dizaines de tentatives de meurtres lors de son attaque d’une synagogue de Halle (Saxe-Anhalt) en pleine fête religieuse de Yom Kippour, le 9 octobre 2019.

« Vous êtes dangereux pour l’humanité »

Le président du Conseil central des juifs d’Allemagne, Josef Schuster, a estimé dans un communiqué que ce verdict était « un jour important pour l’Allemagne ». Le Congrès juif mondial (WJC) a lui fait part de sa « satisfaction ». Parlant d’un « acte odieux, lâche et inhumain », la présidente du tribunal de Magdebourg, Ursula Mertens, a expliqué que l’accusé partageait « des motivations antisémites, racistes et misogynes ».

« Vous êtes dangereux pour l’humanité », a-t-elle lâché pour justifier la peine de prison maximale, assortie d’une détention de sûreté minimale de 15 ans à l’issue de laquelle il lui sera toutefois très difficile d’obtenir une libération. Tout au long des trois heures d’explications du verdict par la présidente, l’homme au crâne rasé habillé en noir et portant une écharpe est cependant resté stoïque. A l’instar des vingt-six jours d’audience, Stephan Balliet n’a laissé transparaître aucune émotion. Son avocat, Hans-Dieter Weber, a regretté le manque d’empathie de son client, se réservant toutefois la possibilité de faire appel.

Un « massacre » évité

Armé jusqu’aux dents et vêtu d’un treillis militaire, cet autoradicalisé sur Internet, asocial, avait en octobre 2019, donné l’assaut contre la synagogue de Halle, où se trouvaient 52 fidèles. Faute de parvenir à entrer en raison de la résistance de la porte, il s’en était pris à des passants, tuant une femme dans la rue puis un jeune homme dans un restaurant à kébabs, ciblé pour sa clientèle qu’il pensait étrangère. La victime, Kevin S., était pourtant un Allemand de 20 ans. « Sans cette fameuse porte blindée, il aurait commis un massacre », a affirmé Ursula Mertens.

L’accusé s’était inspiré de Brenton Tarrant, l’auteur des attentats racistes sanglants (51 morts) commis quelques mois auparavant contre deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui avait diffusé en direct ses crimes, ce qu’il a aussi fait. Tout au long de son procès, Stephan Balliet n’a jamais exprimé le moindre remord et, à plusieurs reprises, a dû être rappelé à l’ordre par la présidente du tribunal pour ses propos conspirationnistes, racistes, misogynes et négationnistes. Il a même revendiqué ses actes. Le fait d’attaquer la synagogue « n’était pas une erreur » car « ce sont mes ennemis », avait-il lancé.

« Bon signal »

« On est soulagé que cela s’arrête aujourd’hui, c’était suffisamment long et éprouvant », a expliqué Mark Lupschitz, avocat de neuf parties civiles, remerciant le tribunal de n’avoir pas fait du procès une vitrine pour l’extrémiste de droite. Rappelant que cet attentat avait été « l’un des actes antisémites les plus répugnants depuis la Seconde Guerre mondiale », le procureur fédéral Kai Lohse a estimé que le tribunal avait « envoyé le bon signal », espérant que ce procès « servira d’exemple ».

Après son double meurtre, Stephan Balliet avait été arrêté à la suite d’une course-poursuite avec la police, au cours de laquelle il avait blessé plusieurs autres personnes. Ursula Mertens a rappelé qu’il souffrait certes d’un « trouble complexe de la personnalité » mêlant « schizophrénie, paranoïa et caractéristiques autistiques » mais qu’il était toutefois pleinement responsable de ses actes : « tuer n’est pas autorisé en Allemagne, vous devez au moins le savoir vu que vous avez eu votre baccalauréat », a-t-elle ironisé.