Brexit : Les négociations continuent dans l’urgence, la pêche bloque toujours

BRAS DE FER Le Parlement européen a averti qu’il voulait un accord d’ici à « dimanche minuit »

20 Minutes avec AFP

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Le port de Kilkeel, en Irlande du Nord.
Le port de Kilkeel, en Irlande du Nord. — David Keyton/AP

Et c’est reparti pour un tour, sans que l’on sache ni quand ni comment cela va s’arrêter. Le négociateur européen Michel Barnier et son homologue britannique David Frost doivent se rencontrer ce samedi dans le cadre des négociations post-Brexit, à une dizaine de jours de la date butoir, le 31 décembre. Le Royaume-Uni abandonnera alors définitivement le marché unique européen et l’union douanière. Les pourparlers techniques, eux, ont déjà repris, selon une source européenne. Avec, en toile de fond de ce bras-de-fer, la question de la pêche, encore et toujours.

Un accord de libre-échange bute toujours sur ce point, une question cruciale pour plusieurs Etats membres – France et Pays-Bas en tête – et dont le Royaume-Uni a fait un totem de sa souveraineté retrouvée après le divorce avec l’Union. « Ça reste très bloqué » sur ce sujet, a confirmé une source européenne, alors que Michel Barnier a consulté vendredi les pays les plus concernés. Paris a répété à maintes reprises qu’elle ne sacrifierait pas ses pêcheurs à un accord commercial avec Londres.

Les chiffres « ne cessent de bouger »

Au cœur de la négociation, le partage des quelque 650 millions d’euros pêchés chaque année par l’UE dans les eaux britanniques et la durée de la période qui permettrait aux pêcheurs européens de s’adapter aux nouvelles conditions. Un montant dérisoire par rapport aux dizaines de milliards en jeu dans l’accord de libre-échange, l’UE étant le premier partenaire commercial de Londres.

Bruxelles proposerait de renoncer à environ 20 % de ces 650 millions sur une période de sept ans, quand les Britanniques en revendiquent 60 % sur une période d’adaptation de trois ans, selon des sources européennes. Des chiffres qui ne « cessent de bouger », précise une autre source.

Dimanche soir au plus tard ?

Le Parlement européen a averti qu’il voulait un accord d’ici à « dimanche minuit », sans quoi il ne pourra pas l’examiner et le ratifier afin qu’il puisse entrer en vigueur le 1er janvier. Mais le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, n’a pas exclu que ces ultimes négociations se poursuivent au-delà du week-end. « On va essayer d’avancer dans les heures qui viennent » mais « il est normal de ne pas dire "écoutez, c’est dimanche soir, on s’arrête, et donc je sacrifie tout" », a-t-il déclaré. « On ne fera pas ça, parce que ce qui est en jeu ce sont des secteurs entiers, comme la pêche, ce sont les conditions de concurrence pour nos entreprises dans la durée », a-t-il fait valoir sur France Inter.

Un accord conclu dans les tout derniers jours de décembre pourrait entrer en vigueur provisoirement, une option qui semble avoir la faveur des Etats membres, mais à laquelle le Parlement s’oppose. « Le Parlement veut un accord dimanche mais Michel Barnier ne peut pas se lier les mains car les Britanniques chercheraient à en profiter », souligne Eric Maurice, de la fondation Schuman.

Les règles de l’OMC

L’horizon s’est dégagé en revanche sur les deux autres sujets qui entravaient les négociations – les conditions de concurrence équitables et la gouvernance de l’accord pour régler les divergences –. L’UE refuse de voir surgir à sa porte une économie dérégulée qui se livrerait à une concurrence déloyale envers ses entreprises en ne respectant pas ses normes environnementales, sociales, fiscales ou son régime très strict sur les aides publiques.

Alors que les deux côtés de la Manche se préparent au retour des contrôles douaniers après la rupture du 31 décembre, un rapport parlementaire britannique a alerté sur une préparation insuffisante du Royaume-Uni, s’inquiétant des perturbations attendues dans les ports et des répercussions sur la sécurité. Sans accord commercial, les échanges entre l’UE et Londres se feront selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas, avec de lourdes conséquences​ pour des économies déjà secouées par la pandémie.