Coronavirus : Comment l'Allemagne, l'ancienne bonne élève de l'Europe, en est-elle arrivée là ?

EPIDEMIE Jadis cité en exemple pour sa gestion sanitaire de la première vague, l’Allemagne est l’un des pays européens les plus mal engagés dans ce second pic du coronavirus

Jean-Loup Delmas
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En Allemagne, l'épidémie est désormais hors de contrôle
En Allemagne, l'épidémie est désormais hors de contrôle — SIPA
  • Lors de la première vague, l’Allemagne a connu un nombre de morts relativement faibles comparé à ses voisins européens, tout en prenant des mesures moins strictes.
  • Une bonne gestion que le pays n’arrive clairement pas à reproduire lors de cette vague hivernale : l’Allemagne semble dépassé par le coronavirus.
  • Pourquoi un tel échec venant d’un pays qui était cité en modèle ?

Incontestablement, l’Allemagne fut au cours de la première vague du coronavirus le bon élève européen, avec un nombre de décès rapporté au million d’habitants s’élevant à 118,6 morts, contre 658,9 au Royaume-Un, 605,9 en Italie ou 502 en France. Mais une première bonne gestion n’empêche pas de se faire dépasser par un second rebond, et c’est ce que le pays germanique apprend douloureusement durant ces mois hivernaux.

L’Allemagne semble aujourd’hui devenir le mauvais élève de cette seconde vague. Après avoir avoué que l’épidémie était « hors de contrôle », le gouvernement a décrété un confinement partiel à partir de ce mercredi et jusqu’au 10 janvier avec la fermeture annoncée ce dimanche par la chancelière Angela Merkel des commerces « non-essentiels ». En cause, des chiffres extrêmement mauvais. Le nombre des nouvelles infections quotidiennes a frôlé le seuil des 30.000 vendredi puis samedi, très loin des records de la première vague. Ce jeudi, l’Allemagne a connu un nombre record de décès, avec 598 morts. Rapporté au million d’habitants, l’Allemagne compte désormais 269 décès par Covid, une « évolution » bien plus rapide que tous ces voisins. Le taux d’incidence est de 170 cas par 100.000 habitants, contre 120 pour la France. 20 Minutes fait le point sur la situation outre-Rhin.

Comment expliquer des chiffres aussi mauvais ?

Comment l’Allemagne a-t-elle pu se retrouver avec des chiffres aussi catastrophiques ? Pour Antoine Flahault​, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, l’explication est simple : « L’Allemagne n’a pas pris les mesures suffisantes et assez fortes à temps. Contrairement à la première vague, les Allemands ont tergiversé, ont trop attendu, et les demi-mesures n’ont pas fait effet. »

Quelques couvre-feux partiels ici et là et des restrictions de regroupements de personnes n’auront en effet pas réussi à casser cette seconde vague. L’Allemagne aura ainsi connu un haut plateau à partir du 4 novembre, réussissant à stopper la courbe exponentielle mais pas à faire baisser les cas, avant de connaître une nouvelle flambée ces derniers jours. « Mais même être sur un plateau de pic, c’est une situation loin d’être enviable, même si les cas n’augmentaient plus, les morts et les hospitalisations étaient nombreux chaque jour », décrit Antoine Flahault.

Vers un excès de confiance ?

Pourquoi dès lors avoir autant attendu ? Quelque part, l’Allemagne fut victime de son succès lors de la première vague. Antoine Flahault le rappelle, absolument tous les pays d’Europe ont pris des mesures moins strictes lors de ce second pic que lors du premier : le confinement est allégé en France, les écoles restaient ouvertes en Irlande, etc, en raison d’une population éprouvée et fatiguée de faire des efforts. De fait, l’Allemagne qui avait pris déjà des mesures moindres lors de la première vague (pas de confinement strict notamment) a pris des mesures encore inférieures lors de la seconde. Sauf qu’à force de toujours faire dans le moins restrictif, ça finit par ne plus avoir d’effets sur le nombre de cas.

Les Allemands ont-ils également péché par excès de confiance à la suite de leur bonne gestion du printemps ? « C’est possible, reconnaît l’épidémiologiste. Néanmoins, tous les pays ont fait initialement le pari que les gestes barrières, les masques et la meilleure connaissance du virus suffiraient à le contenir. » Le fameux « apprendre à vivre avec le virus ». L’Allemagne aurait juste eu le tort d’y croire un peu plus longtemps que les autres. Peut-être également en raison d’un décalage comparé aux autres pays. « La seconde vague est arrivée plus tard en Allemagne qu’en France ou dans d’autres pays, ce qui a pu maintenir l’illusion que le pays gérait et saurait la contenir », poursuit Antoine Flahault.

Mais alors qui devient le bon élève européen, si ce n’est plus l’Allemagne ?

Désormais, le nouveau modèle européen semble être irlandais, premier pays d’Europe à reconfiner en octobre. Un exemple non pas tant pour le confinement strict (hors écoles ouvertes) mis en place que pour la rapidité à laquelle celui-ci était décidé. L’équation reste partout la même, plus on agit tôt et avec une incidence basse du virus, plus les effets sont rapides et efficaces. Antoine Flahault : « Dans les pays démocratiques, il faut avoir l’adhésion de la population pour prendre des mesures restrictives fortes. Peut-être qu’après cette seconde vague, toute l’Europe comprendra qu’il faut agir dès que la situation remonte un peu, et pas lorsqu’elle dégénère complètement ». Aujourd’hui, l’Irlande aura des vacances de fin d’année « presque » normale, ce qui était le pari – réussi – de confiner aussi tôt en octobre.

L’Allemagne pourra-t-elle redevenir un exemple ? Contrairement aux autres pays européens, la nation a décidé de fermer les écoles. Pour Antoine Flahault, cela peut être décisif dans la chute de l’épidémie. Néanmoins, ce sera difficile de comparer ce choix et son incidence à la stratégie de ses voisins, du fait que les écoles européennes fermeront a minima deux semaines en raison des vacances de fin d’année. Impossible de fait de trancher sur la décision allemande.