Iran : L’opposant Rouhollah Zam a été exécuté, tollé au sein de la communauté internationale

REPRESSION Un temps exilé en France, le dissident avait été arrêté en Irak par les Gardiens de la révolution

G. N. avec AFP
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Le journaliste Rouhollah Zam lors de son procès, le 2 juin 2020.
Le journaliste Rouhollah Zam lors de son procès, le 2 juin 2020. — Ali Shirband/AP/SIPA

L’opposant iranien Rouhollah Zam, un temps exilé en France, a été exécuté samedi matin en Iran​, rapidement après la confirmation de sa condamnation à mort pour son rôle dans la vague de contestation de l’hiver 2017-2018. Le « contre-révolutionnaire » Zam a été pendu, a annoncé la télévision d’Etat, rappelant que la Cour suprême avait confirmé sa condamnation à mort en raison de la « gravité [de ses] crimes » contre la République islamique.

Le porte-parole de l’Autorité judiciaire, Gholamhossein Esmaïli, avait indiqué mardi, que cette institution avait statué « il y a plus d’un mois » sur le cas de Zam et confirmé « le verdict [rendu en juin par le] tribunal révolutionnaire » de Téhéran. L’Union européenne a condamné « dans les termes les plus forts » l’exécution de l’opposant iranien, rappelant son opposition à la peine de mort « quelles que soient les circonstances ». De son côté, la France a condamné « avec la plus grande fermeté cette atteinte grave à la liberté d’expression et à la liberté de la presse en Iran. Il s’agit d’un acte barbare et inacceptable, contraire aux engagements internationaux de ce pays. »

« Journaliste et dissident »

Diana Eltahawy, vice-directrice pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International, s’est dite « choquée et horrifiée » par l’exécution. Qualifiant Zam de « journaliste et dissident », Amnesty avait jugé que la confirmation de sa peine marquait « une escalade choquante dans le recours de l’Iran à la peine de mort comme arme de répression ». L’ONG avait aussi demandé à l’Union européenne d’intervenir rapidement auprès du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, « pour qu’il annule ce verdict cruel ».

Reporters sans frontières, qui avait accusé l’Iran d’avoir enlevé Zam alors qu’il se trouvait en Irak pour le juger au pays, a dit samedi être « choquée que [les autorités iraniennes] aient mis à exécution leur sentence ». Zam avait vécu en exil plusieurs années en France avant d’être arrêté par les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, dans des circonstances obscures.

Son arrestation avait été annoncée en octobre 2019, mais l’Iran n’a pas précisé le lieu ni la date des faits, accusant l’opposant quadragénaire d’être « dirigé par le renseignement français et soutenu » par les services secrets des Etats-Unis et d’Israël. Zam, qui disposait du statut de réfugié en France, a dirigé une chaîne (Amadnews) sur la plateforme de messagerie cryptée Telegram, et a été reconnu coupable d’avoir joué un rôle actif dans la contestation de l’hiver 2017-2018.

Le procès s’était ouvert en février

Au moins 25 personnes ont été tuées dans ces troubles ayant touché plusieurs dizaines de villes iraniennes entre le 28 décembre 2017 et le 3 janvier 2018. Téhéran avait qualifié de « sédition » ce mouvement de protestation contre la vie chère ayant rapidement pris un tour politique. A la demande des autorités iraniennes, Telegram avait accepté de fermer Amadnews -qui comptait près de 1,4 million d’abonnés- en reprochant à ce canal d’avoir incité à la « violence ».

Le procès de Zam s’était ouvert en février. Selon l’acte d’accusation, l’opposant avait comparu pour « corruption sur terre », un des chefs d’accusations les plus graves en Iran, passible de la peine capitale. Il était poursuivi également pour « des délits contre la sécurité intérieure et extérieure du pays », « espionnage au profit du service de renseignement français », et insulte au « caractère sacré de l’islam ». L’Autorité judiciaire avait indiqué en juin qu’il avait été jugé coupable de l’ensemble des chefs d’accusation retenus contre lui.