Les droits humains au menu de la visite du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en France

DIPLOMATIE Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée en 2013, une répression croissante s’est abattue sur l’opposition

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi, le 28 janvier 2019 au Caire en Egypte.
Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi, le 28 janvier 2019 au Caire en Egypte. — Ludovic MARIN / AFP

Le président égyptien, partenaire stratégique de la France, est attendu ce lundi en France pour une visite officielle.​ Abdel Fattah al-Sissi et Emmanuel Macron feront le point sur des crises régionales comme en Libye mais également évoquer le sujet des droits humains en Egypte.

Le président égyptien est arrivé dimanche à Paris pour une visite d’Etat au protocole très réglé – une escorte à cheval accompagnera son cortège jusqu’au palais de l’Elysée – durant laquelle il rencontrera les principaux responsables politiques français. Point d’orgue de cette visite, il sera reçu une première fois ce lundi à 10h30 par Emmanuel Macron, pour un entretien suivi d’un point presse, puis une seconde fois dans la soirée autour d’un dîner en format restreint.

Des militants libérés

Lutte contre le terrorisme, Libye, conflit israélo-palestinien, défis stratégiques liés à l’Iran, crise politique au Liban… Les sujets régionaux, sur lesquels Paris et Le Caire sont largement en phase, ne manqueront pas.

Les échanges risquent d’être plus compliqués sur les droits humains, même si trois dirigeants de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR) ont été libérés juste avant la visite du président Sissi, au terme d’une forte mobilisation internationale. Les défenseurs des droits humains accusent Emmanuel Macron de dérouler le « tapis rouge à un dictateur », l’Egypte comptant plus de 60.000 détenus d’opinion selon les ONG.

La répression égyptienne au cœur des échanges

Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée en 2013 et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah al-Sissi, une répression croissante s’est abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale.

Après avoir refusé de « donner des leçons » à son hôte en octobre 2017, s’attirant les foudres des défenseurs des droits humains, le président Macron a promis d’aborder le sujet de front lundi. Lors d’une visite au Caire en janvier 2019, il avait déjà regretté que la situation n’évolue pas « dans la bonne direction » en Egypte, car des « blogueurs, des journalistes et des activistes » y sont emprisonnés.

« Cesser la vente d’armes »

Pour les ONG, qui appellent à manifester mardi à 18 heures devant l’Assemblée nationale, la France doit désormais passer « des discours aux actes ». Elle doit en premier lieu cesser « les ventes d’armes et de matériel de surveillance électronique » à l’Egypte, au risque de se retrouver sinon « complice de la répression », déclare Antoine Madelin à la Fédération internationale des droits humains (FIDH).

Dans ce contexte tendu, la visite restera en partie fermée à la presse, à commencer par la traditionnelle cérémonie d’accueil lundi à l’Hôtel des Invalides, officiellement pour cause de Covid-19. Le président Sissi doit aussi déposer une gerbe devant la Tombe du Soldat inconnu mardi à l’Arc de Triomphe, poser la première pierre de la Maison de l’Egypte à la Cité internationale universitaire et visiter la Station F, plus grand incubateur de start-up au monde et passage obligé pour nombre de chefs d’Etat à Paris.

La priorité pour la France demeure le renforcement du « partenariat stratégique » avec le pays le plus peuplé du monde arabe, considéré comme un « pôle de stabilité » dans une région volatile, souligne-t-on à l’Elysée. Aucune grande signature de contrat n’est en revanche prévue à l’occasion de cette visite, après les années fastes marquées par la vente de 24 avions de combat Rafale à l’Egypte.