Benoît XVI réhabilite des intégristes au nom de l'unité de l'Eglise

RELIGION Parmi les évêques concernés, Richard Williamson, qui s'est fait remarquer pour ses propos négationnistes...

Maud Descamps avec agence

— 

Le pape Benoît XVI souhaite que Barack Obama se fasse "le promoteur de la paix et de la coopération entre les nations", dans un télégramme au nouveau président américain publié mardi par le Vatican.
Le pape Benoît XVI souhaite que Barack Obama se fasse "le promoteur de la paix et de la coopération entre les nations", dans un télégramme au nouveau président américain publié mardi par le Vatican. — Christophe Simon AFP/Archives

L'unité avant tout. Benoît XVI serait prêt à rouvrir les portes de l'Eglise catholique à la mouvance intégriste. C'est le quotidien italien «Il Giornale» (lien) qui l'annonce, le pape serait sur le point d'annuler l'excommunication d'évêques intégristes adeptes de Monseigneur Marcel Lefebvre, qui rejettent le Concile Vatican II. Les quatre évêques, deux Français, un Argentin et un Britannique, avaient été ordonnés, sans l'aval de Rome, en 1988.

Une main tendue, donc, à une mouvance qui critique le Vatican depuis plus de quarante ans. Surprenant? Pas tant que cela. Comme l'explique Nicolas Senèze, auteur de «La crise intégriste: vingt ans après le schisme de Mgr Lefebvre», «lorsqu'il était encore le cardinal Ratzinger, Benoît XVI a été chargé, par Jean-Paul II, des discussions avec Mgr Lefebvre pour trouver un terrain d'entente afin de revenir à une église unifiée. Mais les discussions qui n'ont jamais abouties sont restées un véritable échec pour lui. D'où cette volonté, aujourd'hui de réintégrer ces évêques».

Levée de l'excommunication ou réhabilitation?

Mais la mouvance intégriste n'entend pas rejoindre l'Eglise sans conditions. La première était la réhabilitation de la «messe tridentine» en latin abandonnée après le concile Vatican II. Condition acceptée par Rome en juillet 2007. La deuxième concerne le retrait du décret d'excommunication qui touchent les quatre évêques nommés par Mgr Lefebvre. C'est presque chose faite. «La question est aujourd'hui de savoir si Benoît XVI va juste lever l'excommunication ou alors retirer le décret», ce qui signifierait une réintégration officielle, à l'Eglise, des évêques. Pour le moment seule la levée de l'excommunication aurait été signée. L'information n'a été ni démentie ni confirmée par le Vatican. Et l'annonce devrait être faite samedi.

Mais selon Andrea Tornielli, du quotidien italien «Il Giornale», Benoît XVI ne devrait pas en rester là puisqu'il s'apprêterait à attribuer un statut juridique au sein de l'Eglise catholique à la Fraternité Saint-Pie-X, fondée dans les années soixante-dix par Mgr Lefebvre, et à ses quelque 500 prêtres. Une décision qui risque de ne pas être sans conséquences sur les fidèles, non intégristes. «On sait que l'Eglise a besoin de prêtres, c'est peut-être une des raisons de ce geste, mais beaucoup de fidèles risquent de ne plus se reconnaître dans l'Eglise catholique», explique Nicolas Senèze. La Fraternité, dont le siège est à Ecône en Suisse, revendique 150.000 fidèles à travers le monde, particulièrement en France et au Brésil.

Un négationniste dont le pape ignore les propos

Outre cette main tendue aux intégristes, une polémique vient se greffer au dossier. Parmi les évêques qui seraient réhabilités figure un Britannique, Richard Williamson, qui a tenu des propos négationnistes. Ce dernier a déclaré sur une chaîne publique suédoise: «Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz (...) Je pense que 200.000 à 300.000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz». Des propos dont le pape n'aurait pas forcément eu échos.