Guatemala : Le parlement incendié lors de manifestations contre le pouvoir

REVOLTE Les manifestants demandent la démission du président Alejandro Giammattei, en place depuis janvier

20 Minutes avec AFP

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Devant le parlement en feu, un manifestant brandit le drapeau du Guatemala, le 21 novembre 2020.
Devant le parlement en feu, un manifestant brandit le drapeau du Guatemala, le 21 novembre 2020. — Oliver De Ros

La colère gronde au Guatemala, où l’exécutif doit faire face à une véritable révolte. Des centaines de Guatémaltèques ont mis le feu samedi au parlement pour protester contre le budget 2021 et surtout demander la démission du président Alejandro Giammattei. Des flammes gigantesques ravageaient l’intérieur du bâtiment, dont la façade était constellée de graffitis antigouvernementaux.

Un budget historique

Le groupe ayant mis le feu au bâtiment a agi alors qu’une manifestation pacifique avait lieu dans le centre historique de la capitale, pour exiger la démission du chef de l’Etat, un médecin de 64 ans au pouvoir seulement depuis janvier. Les manifestants brandissaient des banderoles ornées des slogans « plus de corruption » ou « Giammattei out ». Ils lui reprochent notamment d’avoir donné son aval au budget controversé de près de 13 milliards de dollars, le plus important de l’histoire du pays.

Des Guatémaltèques mécontents dénoncent aussi l’opacité des ressources pour faire face à la pandémie de coronavirus ou la création d’un poste de super-ministre attribué à un jeune proche du président. Dans la nuit de vendredi à samedi, le vice-président du Guatemala lui-même, Guillermo Castillo, avait exhorté le président Giammattei à démissionner avec lui. « Pour le bien du pays, je lui ai demandé que nous présentions ensemble notre démission », a-t-il déclaré dans un message à la nation, diffusé à travers les réseaux sociaux et envoyé. Guillermo Castillo a également de nouveau admis ne pas avoir une bonne relation avec le chef de l’Etat.

Malnutrition infantile

Le parlement, composé pour la plupart de membres du parti au pouvoir et de formations apparentées, a approuvé cette semaine un budget très controversé. Des entités économiques et analystes ont pourtant mis en garde contre le risque qu’un tiers du budget soit financé par la dette, comme proposé. En outre la plupart des fonds sont destinés à des infrastructures gérées par des entrepreneurs et négligent la lutte contre la pauvreté et la malnutrition infantiles, ce qui a suscité des protestations. Le sujet est cependant crucial dans le pays. Sur près de 17 millions d’habitants, plus de 59 % de la population vit dans la pauvreté et la malnutrition infantile touche près de la moitié des enfants de moins de cinq ans.

Enfin, le Congrès a approuvé des prêts de plus de 3,8 milliards de dollars pour faire face à la pandémie de coronavirus, bien que moins de 15 % de ces ressources aient été investies. La gestion de la crise sanitaire a été sévèrement critiquée par les opposants politiques et des secteurs de la société, dénonçant notamment des carences dans les hôpitaux. Selon les données officielles, le pays a enregistré 11.8417 cas de contaminations et 4.074 morts du Covid-19.