SpaceX : « On assiste à la naissance d'une nouvelle économie des vols habités »

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, sur la portée de ce premier vol opérationnel réussi par SpaceX

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas
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Rencontre entre les astronautes après l'arrimage de la capsule dragon de SpaceX à l'ISS
Rencontre entre les astronautes après l'arrimage de la capsule dragon de SpaceX à l'ISS — /AP/SIPA
  • Ce mardi matin, la capsule dragon de SpaceX, transportant quatre astronautes, s’est arrimée avec succès à la station spatiale internationale.
  • Une petite révolution dans le monde spatial, puisqu’il s’agissait du premier vol opérationnel réalisé par une entreprise privée.
  • Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse, explique quelles répercussions ce succès pourrait avoir.

Arrimage réussi, et nouveau moment d’histoire dans la conquête spatiale. En parvenant à s’attacher à la Station spatiale internationale (ISS) ce lundi, la capsule Dragon de SpaceX n’a pas seulement permis le transport de quatre astronautes.

Elle a peut-être ouvert, avec ce premier vol opérationnel, une nouvelle ère spatiale où le secteur privé assoirait sa domination et où le vol habité pourrait devenir un marché économique à part entière. 20 Minutes fait le point avec Olivier Sanguy, médiateur scientifique de la Cité de l’espace à Toulouse.

En quoi le vol de cette nuit est-il historique ?

Il y a débat pour savoir quel est le vol historique entre celui-ci et le précédent, le vol SpaceX démo-2 d'août. Il s’agissait du premier vol habité partant du territoire américain depuis neuf ans et l’arrêt de la dernière navette en juillet 2011. Depuis que les Etats-Unis ont la capacité d’envoyer des personnes dans l’espace, ces neuf ans furent le plus long délai pendant lequel ils ne le firent pas.

Néanmoins, il s’agissait d’un vol de certification cet été, c’est-à-dire que son unique but était de démontrer que la capsule fonctionnait, alors que là il s’agit d’un vol opérationnel, avec une réelle mission spatiale, à savoir amener des personnes jusqu’à la Station spatiale internationale. Jusqu’alors, ce genre de mission était exclusivement assuré par le Soyouz russe depuis la fin de la navette spatiale, il s’agit donc d’une petite révolution.

Ce vol était une collaboration entre SpaceX, une agence privée, et la Nasa, une agence spatiale. Est-ce une nouveauté ?

Le privé était très présent dans le spatial, par exemple les satellites de communication ne sont pas traités par les agences spatiales. Il y avait également déjà des collaborations présentes entre les agences spatiales et le privé, car les agences ne produisaient pas directement les produits.

Néanmoins, il s’agit d’un nouveau type de contrat commercial aujourd’hui autour des vols habités où la Nasa est un client. Un client très exigeant et très puissant, mais un client. D’ailleurs, la Nasa a précisé d’elle-même qu’elle ne voulait pas avoir l’exclusivité et que SpaceX pouvait vendre ses vols à d’autres. On assiste donc peut-être à une nouvelle économie des vols habités, qui pourrait créer une véritable économie, notamment privée, autour des vols en orbite basse.

La vraie révolution, c’est donc le lancement d’une ère de tourisme spatial ?

Oui, mais pas seulement. Un module commercial va être attaché à la Nasa en 2024 par exemple. Et cela permettra certes d’y faire du tourisme spatial, mais également des expériences privées. Aujourd’hui, une expérience se déroulant dans l’ISS devient une expérience publique rattachée à la Nasa. Avec ce module, une entreprise pourra réaliser ses expériences et garder les résultats pour elle. On a trop tendance à résumer les vols habités privés à « Tom Cruise dans l’espace », alors que cela peut aussi être une révolution dans le monde scientifique.

On parle de vols habités privés et d’une économie prospère, dix-sept ans après l’accident de la navette Columbia qui avait fait sept morts et traumatisé l’Amérique. Les Etats-Unis ont repris confiance dans leurs capacités technologiques à assurer la sécurité de leurs hommes ?

Il y a une reprise de la confiance, mais les Américains restent extrêmement prudents à ce sujet. La Nasa a notamment déclaré que chaque vol spatial restait un vol test et un vol d’essai. Avant de pouvoir réaliser des vols, SpaceX, Boeing ou autre doivent démontrer que leurs engins n’ont pas plus d’un accident sur 320 vols. 1/320 cela peut sembler peu risqué, mais personne ne prendrait un transport en commun avec un tel risque. L’espace reste un domaine aux limites de nos capacités.