L'aube d'une ère nouvelle avec des valeurs anciennes

à Washington, Philippe Berry

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« Moi, Barack Hussein Obama, jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et de faire de mon mieux pour sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis. » La main sur la bible de Lincoln, son épouse à ses côtés - vêtue d'un manteau en brocart or pâle -, Barack Obama est donc devenu le 44e président américain hier. Une fonction qu'il prend avec « humilité devant la tâche » qui l'attend et plein de « gratitude » envers le peuple américain.

Dans son discours prononcé depuis les marches du Capitole, il a averti ses compatriotes : « Les challenges sont nombreux, et ils sont sérieux ». Crise économique, guerres en Irak et en Afghanistan, réchauffement climatique... Ces problèmes, a expliqué le Président, sont « nouveaux, et il faudra des outils nouveaux » pour les régler. Mais, a-t-il martelé, « les valeurs nécessaires pour le faire sont anciennes : générosité, humilité, travail, respect ». Il a appelé le pays à « s'unir dans une nouvelle ère de responsabilité ».

Du Capitole jusqu'à l'obélisque de George Washington, une marée humaine occupait chaque centimètre carré de la pelouse du Mall. Deux millions de personnes sont venues assister à ce jour historique où, rappelle Obama, « un homme dont le père n'aurait peut-être pas été servi dans un restaurant il y a soixante ans, accède aujourd'hui à la fonction suprême ».

Fort de ses racines, Obama s'est adressé au « monde musulman », appelant à ouvrir « une nouvelle voie basée sur un intérêt commun et un respect mutuel ». Mais il a averti : « Les leaders qui sèment le conflit et blâment l'Occident seront jugés par leur peuple pour ce qu'ils construisent et pas par ce qu'ils détruisent. » Les Etats-Unis « leur tendront la main » à condition que leurs adversaires « acceptent de desserrer le poing ».

Alors que la foule attendait Obama dans le froid - mais sous un soleil radieux -, les personnalités politiques ont pu mesurer leur popularité à l'applaudimètre. « Teddy, Teddy », a scandé l'assemblée, alors que Ted Kennedy, opéré d'une tumeur cérébrale en 2008, apparaissait sous son chapeau. Un peu plus tard, durant le déjeuner d'investiture, le « lion du Sénat » devait faire un malaise. Le vice-président, Joe Biden (qui a prêté serment avant Obama), l'ancien candidat Al Gore et même les deux filles Obama ont eu droit à une standing ovation.

Quelques huées ont ponctué l'arrivée de George W. Bush ou de Dick Cheney. Elles se sont vite tues. Comme un symbole, Bill et Hillary Clinton ont donné l'accolade à George Bush père et à sa femme. A elles deux, ces dynasties ont dirigé le pays au cours des vingt dernières années. Une page s'est tournée hier. A Obama d'écrire la sienne.