Les Américains ont répondu présent pour tourner la page

à Washington, Laure Guilbault

— 

Sous un beau soleil d'hiver, un silence religieux se fait au moment de l'invocation du révérend évangélique, Rick Warren. Vient l'intermède musical d'Aretha Franklin et la foule s'anime à nouveau, puis explose au moment de l'intronisation du vice-président Joe Biden et du président Barack Obama. Pour mieux voir, les enfants ont grimpé dans les branches des arbres dégarnis du Mall, le grand parc de Washington où se tient la cérémonie, et sur les toits des centaines de toilettes publiques installés pour l'occasion.

De nombreux Afro-Américains ont fait le déplacement, parfois de loin, pour assister à l'investiture du premier président noir de l'histoire. Prudence Green est venue d'Indiana avec sa fillette de 9 ans, Kenesha, « pour qu'elle se souvienne de l'événement dans cinquante ans ». Pour rejoindre Washington depuis leur hôtel du Maryland, elles se sont levées à 3 h du matin pour prendre le métro. « Mes ancêtres ont construit la Maison Blanche. Un Afro-Américain habite dedans, maintenant. La boucle est bouclée », dit-elle avec des trémolos dans la voix.

Dans les rues, des ribambelles de vélos sont accrochées aux grilles. Arriver jusqu'au Mall ce matin relevait de l'expédition. Circulation impossible et métro bondé dès 6 h du matin : il fallait laisser passer plusieurs trains avant de pouvoir embarquer.

Mais le jeu en valait la chandelle. Alors, tous ont bravé le froid pinçant. Amy est avocate. Ellle s'est portée bénévole pour la journée d'investiture. Depuis 5 h du matin, elle indique inlassablement aux touristes et visiteurs les « checkpoints » d'entrée pour le Mall et la parade. Reconnaissables à leurs bonnets rouges, des grappes de bénévoles investissent régulièrement les cafés Starbucks pour se réchauffer, à tour de rôle.

Tandis que les officiels commencent à déjeuner, les gens regagnent les rues, les yeux encore gonflés de sommeil. Mais la fatigue et le froid ne gâchent pas la fête. Aux fréquentes sirènes de police et de pompiers, se mêlent désormais des rythmes de djembés. Et les gens commencent à danser.