gaza-Ville découvre peu à peu l'ampleur des destructions

De notre envoyé spécial à Gaza, Ludovic Gonty

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Provisoirement au moins, les habitants de Gaza-ville en ont fini avec les bombes. Mais pas avec la guerre, qui laisse des immeubles effondrés, cratères béants sur la chaussée et des milliers de personnes sans logis.

Beit Lahia, dans le nord de Gaza-ville, compte parmi les quartiers les plus touchés par les frappes israéliennes. C'est ici que vivait Jamila. C'est ici que vivra Jamila. « S'ils veulent, ils peuvent revenir. Cette fois, je ne fuirai plus. Je n'ai plus peur des Israéliens », lance cette mère de 42 ans devant les ruines de sa maison. Jamila parle sans colère. Elle raconte. La détonation d'abord, mercredi dernier. « Les chars se sont avancés jusqu'au cimetière, là, plus bas. Puis ils ont tiré sur la maison d'à côté », dit-elle en montrant l'énorme trou qui transperce l'étage de la villa voisine. Par miracle, le tir ne fera qu'un blessé léger.

Profitant d'une accalmie, elle réussit à quitter le quartier quelques heures plus tard. Et ce n'est que dimanche, quand les armes se sont tues, qu'elle a pu revenir constater les dégâts. Des cinq pièces de sa maison, il ne reste que quelques bouts de mur. Les citronniers de son champ ne sont plus que des squelettes carbonisés. Plus loin gisent les cadavres des pigeons qu'elle élevait.

Son mari, un chauffeur de taxi, vit en Egypte. Il fait partie des milliers de Gazaouis qui, il y a un an tout juste, ont profité de brèches dans le mur frontalier avec l'Egypte pour échapper au blocus qui enserre depuis juin 2007 l'enclave palestinienne. La plupart sont rentrés, de gré ou de force. Pas lui. Il est resté au Caire, Palestinien sans papiers.

« Il a vu notre quartier sur Al-Jazira. Il était mort d'inquiétude », poursuit Jamila. Mais il ne peut pas rentrer, la frontière reste fermée. « Je dois affronter cela seule, avec mes dix enfants. Le plus petit à 4 ans... Qu'ont-ils fait ? Nous n'avons rien à voir avec la guerre... » Des voisins se sont approchés. Tous l'assurent : il n'y avait pas de combattants ici. Impossible à vérifier. Une chose est sûre cependant : le quartier est dévasté. A deux pas de chez Jamila, un bidonville est en train de pousser sur les ruines. Les habitants bâtissent des abris de fortune. Quelques moellons empilés, de guingois, sans ciment, un bout de tôle en guise de toit. Les nuits sont froides, mais en attendant mieux...

Jamila, elle, va installer une tente devant les ruines de sa maison. « Ils nous ont déjà renvoyés de chez nous, ils ont pris notre terre... », dit-elle en tendant le bras vers Israël, dont la frontière est à moins de cinq kilomètres. « Ils peuvent revenir, je ne partirai plus. Ma maison, c'est ma patrie. » ■