Barack Obama, du rêve à la dure réalité

Armelle Le Goff

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Rarement l'espoir n'aura été si grand. Rarement transition, entre son élection le 4 novembre et sa prise de fonction aujourd'hui, n'aura semblée si longue. Les Etats-Unis ont rendez-vous aujourd'hui avec leur 44e président. Mais, avec eux, il semble que le monde tout entier s'apprête à entrer dans une nouvelle ère. La raison de cette immense espérance ? Les deux mandats de George W. Bush et leur cortège de guerres, d'erreurs, et d'incuries. Huit années, qui ont provoqué une vraie rupture avec le reste du monde. Huit années, qui ont rendu un changement de cap indispensable.

En faisant campagne sur l'espoir et le changement, Barack Obama a suscité une immense attente. Aux Etats-Unis, comme à l'étranger. La planète entière a suivi pas à pas l'accession du premier Noir à la Maison Blanche. Un événement pour les Etats-Unis - où le rêve américain, profondément ancré, a ainsi prouvé sa vigueur et son actualité -, mais aussi pour le reste du monde.

Mais, à quelques heures de prendre le pouvoir, les doutes se font jour : va-t-il être à la hauteur ? Sa tâche n'est-elle pas trop lourde? Est-il vraiment celui qu'on croit ? Ses premiers pas le diront. Car, en politique, les cent premiers jours constituent une jauge digne de foi. Il va donc lui falloir agir. Et vite.

A-t-il seulement le choix ? La crise économique est là, qui aspire le pays dans sa spirale décroissante. Depuis son élection, plus de 500 000 Américains seraient venus chaque mois grossir les rangs des chômeurs. La remise sur pied du pays sera donc son défi majeur. Il s'y est préparé, ces onze dernières semaines. Déjà sur les rails : un plan gigantesque de près 1 000 milliards de dollars sur deux ans.

Choix cornéliens

Mais quels postes feront les frais de ces priorités imposées ? Certains, déjà, préviennent : il y a aura des pots cassés. Ainsi Peter Baker, du New York Times, écrit : « Je ne pense pas que vous entendrez parler d'une couverture sociale universelle cette année. » Quelque 46 millions d'Américains en sont pourtant privés et restaurer le système de l'assurance-maladie est une des promesses du candidat (lire p. 14). Il lui faudra donc rassurer. Faire preuve de pédagogie. Durant la campagne, il a montré qu'il savait user du verbe pour provoquer la confiance. « Je ne suis pas sûr que quiconque aurait la carrure pour diriger notre pays, observe David Mendell, l'auteur de la biographie Obama, From Rise to Power. Mais Obama a du talent, de la force et de l'intelligence comme personne pour tenir ce rôle. » Le Président a d'ailleurs déjà prévenu : « La route va être longue. La côte sera dure. Il se peut que nous n'y parvenions pas dans un an ou même au cours d'un mandat présidentiel, mais pour l'Amérique, je n'ai jamais été aussi plein d'espoir que nous y parvenions. ». Inconnu il y a encore quatre ans, Barack Obama, 47 ans, a rendez-vous avec les Etats-Unis aujourd'hui. Et il n'est plus question de promesses.