Moldavie : La pro-européenne Maia Sandu remporte la présidentielle

ELECTION Maia Sandu, 48 ans, est la première femme à accéder à la présidence en Moldavie

20 Minutes avec AFP

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La candidate Maia Sandu a remporté l'élection présidentielle en Moldavie, le 16 novembre 2020.
La candidate Maia Sandu a remporté l'élection présidentielle en Moldavie, le 16 novembre 2020. — Sergei GAPON / AFP

Devançant largement le sortant pro-russe, l’ex-Première ministre pro-européenne, Maia Sandu, a remporté le second tour de la présidentielle en Moldavie, ce dimanche, après le dépouillement de plus de 99 % des bulletins.

Face à Igor Dodon (43 %), visé par des accusations de corruption pendant son mandat de quatre ans, Maia Sandu, qui promet une lutte sans merci contre la corruption, a obtenu 57 % des suffrages.

Une ancienne de la Banque mondiale

La victoire de Maia Sandu, 48 ans, première femme à accéder à la présidence dans cette ex-république soviétique balançant depuis des années entre ambitions européennes et rapprochement avec Moscou, risque d’être mal vue par la Russie qui craint de perdre son influence dans la région. Alors que les résultats complets sont attendus d’ici lundi matin, des célébrations ont éclaté devant le QG électoral de la candidate dans le centre de Chisinau. Igor Dodon, âgé de 45 ans, ne s’est pas encore exprimé sur le résultat du vote, mais a « appelé au calme ». Sa conférence de presse était attendue dans la matinée.

La victoire de Maia Sandu augure « une claire baisse de l’influence russe », a constaté pour le directeur exécutif de l’Institut de la politique européenne et réformes à Chisinau, Iulian Groza. Cette dernière, qui a la réputation d’être incorruptible, « va faire avancer les réformes » et « va pouvoir défendre les intérêts nationaux en dialoguant avec la Russie », a-t-il ajouté. Economiste de formation, Maia Sandu avait travaillé pour la Banque mondiale (BM) à Chisinau de 1998 à 2005, puis à Washington de 2010 à 2012. Avant son bref passage comme Première ministre, elle avait également dirigé le ministère de l’Education.

Un des pays les plus pauvres d’Europe

La Russie, confrontée cette année à des mouvements de protestation au Bélarus et au Kirghizstan qu’elle considère comme sa zone d’influence après avoir rompu depuis 2014 ses liens avec l’Ukraine, soutenait ouvertement le président Dodon. Son président Vladimir Poutine l’a reçu au Kremlin et annoncé une aide financière à la Moldavie, dont l’économie très agricole a été frappée par la sécheresse cette année. Moscou a par ailleurs accusé Washington d’orchestrer « un scénario révolutionnaire pour la Moldavie en novembre ».

Bucarest, qui a de forts liens historiques avec ce pays roumanophone, a de son côté soutenu Maia Sandu. Amputé d’une partie de son territoire, la Transdniestrie, contrôlée par des séparatistes pro-russes, la Moldavie, pays de 3,5 millions d’habitants, figure parmi les plus pauvres d’Europe. Jusqu’à 40 % de sa population, selon les estimations, est partie à l’étranger pour échapper à la misère.

Un scandale à un milliard de dollars

Coincée entre l’Ukraine pro-occidentale et la Roumanie membre de l’Union européenne, la Moldavie a été secouée en 2015 par un énorme scandale de corruption, concernant la disparition d’un milliard de dollars – l’équivalent de 15 % du PIB – des caisses de trois banques nationales. « Aujourd’hui, vous avez le pouvoir de punir ceux qui vous ont volés, qui vous ont réduits à la misère et contraints de quitter votre maison », a lancé Maia Sandu dimanche après avoir voté à Chisinau, dans une allusion claire à son rival.

Maia Sandu avait créé la surprise en arrivant en tête du premier tour de la présidentielle grâce au soutien inédit de la diaspora. Au second tour, les Moldaves vivant à l’étranger se sont à nouveau rendus massivement aux urnes. Près de 258.000 Moldaves ont voté à l’étranger, un record, contre 150.000 au premier tour. A la présidence, la marge de manœuvre de Maia Sandu risque néanmoins d’être limitée faute d’une majorité parlementaire loyale. « Il va y avoir un bras de fer » avec le Parlement « mais des chances et espoirs de changement ont tout de même apparu », estime l’expert Viktor Tchobanu, cité par le site Newsmaker.md

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