Pérou : Trois morts lors de manifestations contre le nouveau président, selon l’archevêque de Lima
CRISE Manuel Merino, jusque-là à la tête du Parlement, a obtenu le pouvoir après la destitution le 9 novembre du président Vizcarra pour corruption
La crise politique dégénère au Pérou. Au moins trois personnes ont été tuées samedi à Lima lors d’une nouvelle journée de manifestations, réprimées par la police, contre l’accession à la présidence de Manuel Merino.
Lâché par des membres de son parti
Réagissant à la répression violente des manifestations, le chef du Congrès péruvien a demandé la démission du nouveau président, entré en fonction mardi. « Je demande à M. Merino d’envisager sa démission immédiate », a déclaré le dirigeant du Congrès, Luis Valdez, à la chaîne de télévision N. Le maire de Lima, Jorge Muñoz, qui appartient pourtant au même parti Action Populaire que Manuel Merino, a lui aussi exigé la démission du président.
Le décès d’un manifestant de 25 ans a été annoncé par le fonctionnaire Alberto Huerta, du bureau du Défenseur du peuple, entité publique chargée de veiller au respect des droits de l’Homme au Pérou. Son cadavre était arrivé à l’hôpital Almenara, a-t-il précisé, ajoutant que « la victime avait des blessures par plomb de chasse au visage et au cuir chevelu, selon le médecin ». Le Défenseur du peuple a ajouté que 13 manifestants avaient été blessés, et il a dénoncé un usage indiscriminé de la force par la police. Un peu plus tard, l’archevêque de Lima, Carlos Castillo, a condamné la répression policière en annonçant à la télévision publique qu’il venait d’apprendre qu’il y avait « un troisième mort ».
« Un coup d’Etat parlementaire »
Le Parlement péruvien avait voté lundi la destitution du président Vizcarra, pour « incapacité morale », le chef de l’Etat étant accusé d’avoir reçu des pots-de-vin alors qu’il était gouverneur en 2014. Son éviction et l’accession à la présidence de Manuel Merino, un ingénieur agronome de centre-droit de 59 ans jusque-là à la tête du Parlement, ont entraîné depuis mardi des manifestations à Lima et dans d’autres villes.
Samedi, des milliers de manifestants, pour la plupart des jeunes de moins de 25 ans, sont de nouveau descendus dans la rue, dans différentes villes, pour rejeter ce qu’ils considèrent comme un coup d’Etat parlementaire. La plus grande marche a réuni à Lima des milliers de personnes. La police a de nouveau fait usage de gaz lacrymogène, lancé y compris par hélicoptères, pour disperser des manifestants qui menaçaient de marcher sur le siège du Parlement.
Le Premier ministre ne cède rien
Sept des 18 ministres de Manuel Merino ont annoncé leur démission samedi soir après la répression policière, dont celui de la Santé, Abel Salinas, selon les médias locaux. Toutefois, le Premier ministre, Antero Flores Araoz, conservateur de 78 ans, avait exclu plus tôt que le président se retire sous la pression des manifestations : « Il n’a pas envisagé de se mettre à l’écart, car des millions de Péruviens le soutiennent. Malheureusement, ils restent chez eux. Je ne les inviterais pas à sortir ».