La France se dit prête à parler avec le Hamas

PROCHE-ORIENT A condition que le mouvement islamiste «accepte le processus de paix»...

C. F. (avec agence)

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La France a envoyé dimanche en Egypte des avions transportant de l'aide humanitaire ainsi que 80 membres d'équipes médicales et de déminage devant être déployé dans la bande de Gaza dès que possible, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.
La France a envoyé dimanche en Egypte des avions transportant de l'aide humanitaire ainsi que 80 membres d'équipes médicales et de déminage devant être déployé dans la bande de Gaza dès que possible, a annoncé le ministère des Affaires étrangères. — Khaled Desouki AFP/Archives

La France est-elle en train d'assouplir sa position diplomatique vis-à-vis du Hamas? Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a tout en cas affirmé ce mardi que Paris parlerait avec le mouvement islamiste palestinien quand celui-ci «accepterait» le processus de paix avec Israël.

La France, tout comme l'Union européenne et les Etats-Unis, avait boycotté diplomatiquement et financièrement le gouvernement palestinien lorsque celui-ci était dirigé par Ismaïl Haniyeh, Premier ministre issu du Hamas, après sa victoire aux élections législatives en janvier 2006. Ce dernier avait été limogé en juin 2007 par le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas quand le mouvement islamiste avait pris le contrôle de la bande de Gaza après un coup de force contre le Fatah.

«La renonciation à la violence» avant tout

Depuis, les Européens avaient posé trois conditions pour renouer le dialogue avec le Hamas, qu'ils considèrent comme une organisation terroriste: la renonciation à la violence, la reconnaissance d'Israël et la reconnaissance des accords passés entre l'Etat hébreu et les Palestiniens.

Avant Bernard Kouchner, le porte-parole de son ministère, Eric Chevallier, avait déclaré lui aussi que la France était prête à discuter avec un gouvernement palestinien qui intègrerait des membres du Hamas dès lors qu'il s'engagerait en faveur de la paix avec Israël. Mahmoud Abbas a en effet appelé à la formation d'un gouvernement «d'entente nationale» comprenant des membres de son mouvement Fatah et du Hamas.

Interrogé pour savoir si Paris réclamait toujours, en préalable à tout contact avec le Hamas, la renonciation à la violence, la reconnaissance d'Israël et la reconnaissance des accords passés entre l'Etat hébreu et les Palestiniens, Eric Chevallier a mis en exergue le fait «qu'il y a un élément absolument majeur: c'est la renonciation à la violence».

Une question qui divise en France et en Europe

La question du dialogue avec le Hamas divise en France et en Europe. Jean-Pierre Jouyet, quand il était encore secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, avait souligné en mars 2008 l'incohérence de la politique des Vingt-Sept sur ce sujet : «Nous devons faire face à nos contradictions. Nous avons encouragé des élections démocratiques, nous avons eu raison. Nous en avons boycotté les résultats, nous avons eu tort».

Un avis partagé par Yves Aubin de La Messuzière, un ancien diplomate français, qui a rencontré les principaux dirigeants du Hamas. Selon ce dernier, «l'UE a eu tort de ne pas reconnaître le résultat des élections législatives. Cela aurait permis de changer de ce dogme trop rigide concernant la perspective d'un dialogue avec ce mouvement, puisque trois conditions sont posées: l'arrêt des violences, la reconnaissance de l'Etat d'Israël et la reconnaissance des accords signés avec l'Autorité palestinienne. Les deux dernières conditions ne devraient pas être un préalable pour ouvrir un dialogue critique avec le Hamas, parce que ce dialogue est nécessaire», confiait-il au Monde.fr le 9 janvier dernier.

Le Quai d'Orsay semble s'être rangé à cette opinion: «C'est notre avis et nous avons pensé aussi - nous l'avons découvert il y a longtemps - que le Hamas était un des interlocuteurs», a déclaré Bernard Kouchner ce mardi. «Nous pensons qu'il faudra parler avec eux quand ils accepteront le processus de paix, lorsqu'ils accepteront de s'inscrire dans la négociation», a-t-il ajouté.

Le Hamas veut avant tout restaurer son autorité

«Si demain il y a un gouvernement d'union nationale, on ne va pas sortir de la pièce parce qu'il y a des ministres du Hamas; il y a bien des ministres du Hezbollah dans le gouvernement libanais», a-t-on également indiqué à l'Elysée.

Pour l'instant, le Hamas s'est surtout efforcé d'afficher son autorité au lendemain de l'arrêt de offensive meurtrière israélienne de 22 jours à Gaza, minimisant ses pertes humaines et matérielles.

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