Barack Obama: quatre ans pour sauver l'Amérique

ETATS-UNIS Le Président commencera sa nouvelle mission sur les chapeaux de roues. S'il doit revoir le calendrier des mesures annoncées, l'une d'entre elles reste la priorité: la relance de l'économie. Elle conditionne l'ensemble de son programme...

Maud Descamps

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Tag de Barack Obama représenté en superman à Brooklyn
Tag de Barack Obama représenté en superman à Brooklyn — MD

«Yes, he can»... Mais pas aussi vite que prévu. Alors qu'un vent de folie souffle sur Washington où se déroule mardi la cérémonie d'investiture du premier Président noir des Etats-Unis, les promesses de campagne du démocrate ne seront pas tenues au rythme annoncé. Barack Obama l'a lui-même reconnu le 11 janvier dernier sur la chaîne ABC. Sans renier ses engagements, le 44e Président des Etats-Unis va devoir réadapter son programme et revoir son calendrier. A cela s'ajoutent deux guerres (Irak et Afghanistan), le conflit israélo-palestinien, une planète en danger, un système de santé à revoir. Bref, les dossiers ne manquent pas. Mais par où va-t-il commencer?

La priorité des priorités:le plan de relance économique

Pas encore en poste officiellement, Barack Obama avait déjà pris en main, au lendemain de son élection, le plus gros dossier qui l'attend: le plan de relance de l'économie américaine. Le Sénat américain s'est prononcé pour le déblocage de 350 milliards de dollars le 16 janvier, sur les 1.000 milliards prévus. «C'est une première victoire politique pour Obama, explique François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis. Mais maintenant, il va falloir voir comment les sénateurs répartissent cette somme, précise-t-il. Le mois de février sera en partie consacré à la relance, les autres dossiers viendront après.»



Pourquoi la mise en oeuvre de ce plan de relance est-elle si importante? Parce que la crise est d'une telle ampleur qu'elle conditionne toutes les autres mesures. «Obama l'a souligné pendant sa campagne, il ne s'agit pas seulement d'une crise économique mais aussi d'une crise sociale», souligne François Durpaire. Tous les secteurs sont cernés. Le plan des démocrates de la Chambre vise à investir, entre autres, 54 milliards de dollars dans l'énergie et 141,6 milliards dans l'éducation. Une fois les aides reparties, Obama et son administration pourront donc s'attarder sur d'autres dossiers, notamment sur les questions de politique étrangère.

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Le conflit israélo-palestinien, l'Irak et l'Afghanistan

Les déclarations d'Obama sur le conflit israélo-palestinien ne devraient toutefois pas se faire attendre, même si une trêve fragile a été entérinée à Gaza. Si l'Union Européenne (UE) se dépêche de trouver une porte de sortie pour une paix durable dans la zone et ainsi estampiller du sigle «UE» toute signature d'accord, Barack Obama ne devrait pas «se jeter à l'eau trop rapidement», estimeny François Durpaire et Olivier Richomme*. «La dernière administration américaine fut prise au piège du conflit (…), il y a fort à parier qu'Obama n'essaiera pas d'entamer des négociations de grande envergure». Pour les deux politologues, le Président se limitera sûrement à répéter qu'il faut trouver une solution avec un Etat palestinien, un partage de Jérusalem et un retour à des frontières proches de celles d'avant 1967.

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Pourtant, redorer la diplomatie américaine fait partie des projets du Président. C'est donc sur l'Irak, l'Iran et l'Afghanistan que Barack Obama jouera la partie. «Mais il ne sera pas aussi virulent sur le terrain qu'il l'a été dans ses déclarations, prévient François Durpaire. Le redéploiement des troupes actuellement en Irak sur le front afghan ne se fera pas complètement.» La guerre en Irak a été un des chevaux de bataille d'Obama pendant la campagne et un facteur décisif dans sa victoire. Si la lutte contre le terrorisme reste une de ses priorités, le retour chez eux des GI n'est pas prévu avant 2011. «De toute façon, pour ce qui est de la politique étrangère, Obama veut aussi laisser Hillary gérer les dossiers», souligne François Durpaire.

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Assurance santé et énergie verte

Autre gros dossier, la réforme de l'assurance-maladie. Le plan des démocrates prévoit de s'attaquer à la baisse des coûts de la santé avec 24,1 milliards de dollars dédiés au dossier. Mi-janvier, une loi étendant la couverture santé pour les enfants défavorisés a été adoptée à la Chambre des représentants pour être promulguée par Obama après son investiture. «Nous pensons que cela sera le premier texte de loi que le Président Obama signera», avait annoncé lors d'un point presse le chef de la majorité démocrate à la Chambre des représentants Steny Hoyer. Mais le Sénat doit encore valider le texte. Barack Obama avait longuement parlé de la réforme du système de santé pendant sa campagne. Sans vouloir imposer une assurance universelle aux Américains, le Président entend tout de même les inciter à souscrire à une assurance en abaissant les coups d'adhésion. Reste à trouver la formule.

Enfin, le développement de l'énergie verte est l'une des préoccupations centrales de l'administration du nouveau Président. Barack Obama souhaite assurer l'indépendance énergétique des Etats-Unis afin de soulager les ménages qui font face à des coûts de plus en plus élevés. Il entend donc soutenir la recherche et l'innovation pour le développement des énergies nouvelles. Le Président espère ainsi réduire de 80% les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050.

La nouvelle ère politique qui s'ouvre avec l'élection de Barack Obama sera donc parsemée d'embûches. Comme le soulignent Olivier Richomme et François Durpaire, le Président, «en plus de faire face à la crise économique devra également faire preuve d'audace pour sauver la planète». Programme chargé pour un mandat qui ne dure que quatre ans.

Olivier Richomme et François Durpaire sont auteurs de: «Obama face à la crise», publié chez Démopolis.