L'administration de Barack Obama à la loupe

USA 2008 Qui sont ses membres, ce qui les attend… 20minutes.fr fait le point…

Philippe Berry

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Dans l'ordre: Hillary Clinton, Robert Gates, Timothy Geithner, Eric Holder, Janet Napolitano et Susan Rice.
Dans l'ordre: Hillary Clinton, Robert Gates, Timothy Geithner, Eric Holder, Janet Napolitano et Susan Rice. — Montage/DR
Au boulot! Diplomatie, économie… Depuis Roosevelt en 1932, jamais une administration américaine n’avait fait face à d’aussi grands challenges dès sa prise de fonction. Pour sa dream team Obama a avant tout misé sur l’expérience.


Les secrétaires. Ils sont 15, équivalents des ministres en France. 


Hillary Clinton, secrétaire d’Etat (Affaires étrangères)

Qui est-elle: A 61 ans, l’ancienne first-lady quitte son poste de sénateur de New York pour succéder à Condi Rice. Oubliée l’amertume de sa défaite face à Obama lors de primaires démocrates au couteau, elle a «répondu à l’appel pour servir son pays», explique Bill.

Sa mission: «Réparer tout le mal que l’administration Bush a fait à nos relations diplomatiques», analyse pour 20minutes.fr, Samuel Popkin, professeur de sciences politiques. Si l’Irak et l’Afghanistan sont «deux priorités», elle sera immédiatement testée avec le conflit à Gaza. Devant le sénat mi-janvier, elle a affirmé «qu’aussi compliquée que soit la situation, nous ne pouvons pas abandonner l’idée d’une solution pacifique». Sa philosophie se résume en deux mots: «Smart power (puissance intelligente)», avec un équilibre entre le dialogue et la contrainte.

Point fort, point faible: Son expérience de la scène internationale. Comme First lady, elle a visité plus de 80 pays, rencontré les leaders du monde entier. En revanche, l’inconnue s’appelle Bill Clinton. L’ancien président acceptera-t-il de marcher au pas fixé par Obama? Certains en doutent.

  
Robert Gates, secrétaire à la Défense (en charge des armées)

Qui est-il: A 65 ans, cet ancien directeur de la CIA, est l’actuel secrétaire à la Défense. Proche des républicains et de la famille Bush, il a succédé à ce poste à Donald Rumsfeld.

Sa mission: Réaliser le retrait d’Irak promis par Obama et se concentrer sur le front afghan.

Point fort, point faible: Le choix de Gates permet à Obama de tenir sa parole sur l’ouverture. Robert Gates est immensément respecté, aussi bien par les démocrates que les républicains. Il fut l’un des principaux artisans de l’opération «surge», le renfort des troupes en Irak. Si à peu près tout le monde reconnaît son succès et celui du général Petraeus, certains craignent que le retrait des troupes ne soit pas aussi rapide qu’annoncé. Il a cependant affirmé qu’il était prêt à «essayer» le retrait en seize mois souhaité par Obama.

  
Timothy Geithner, secrétaire au Trésor (Economie)
Qui est-il: A «seulement» 47 ans, il a déjà un CV costaud. Il a servi à divers postes au Trésor sous trois présidents. Depuis 2003, il était à la tête de la Réserve fédérale de New York.

Sa mission (impossible): Sauver l’économie américaine. En pleine crise financière mondiale, il va devoir terminer le sauvetage de Wall Street, s’occuper d’une industrie automobile au bord de la faillite, et convaincre le Congrès d’adopter un plan de relance à 800 milliards de dollars (mélange de réductions d’impôts et de dépenses gouvernementales, notamment dans les infrastructures). Le tout sans irrémédiablement creuser les déficits.

Point fort, point faible: Brillant et bosseur, il est très apprécié par Wall Street, sans en être un complet insider. En revanche, il devait de l’argent au fisc américain, ce qui complique sa confirmation par le Sénat. Il a payé, Obama est venu à la rescousse, et sauf surprise, Geithner devrait être confirmé après l’investiture du président.

  
Eric Holder, attorney general (Justice)

Qui est-il: Il est le premier ministre noir de la Justice des Etats-Unis. A 57 ans, il succédera à Michael B. Mukasey, figure très controversée de l’administration Bush, notamment pour son refus de prendre position sur la légalité de l’interrogatoire par water-boarding, qui simule une noyade.

Sa mission: Redorer le blason du département de la Justice. Outre le contesté Mukasey, son prédécesseur, Alberto Gonzales, avait dû démissionner, sur fond de parjure devant le Congrès.

Point fort, point faible: Une solide réputation de chevalier anticorruption lors de sa carrière de procureur. En revanche, il faisait lui aussi partie de l’administration Clinton. De quoi donner des munitions à ceux estimant qu’Obama essaie de faire du neuf avec du vieux.

  
Janet Napolitano, Sécurité intérieure

Qui est-elle: L’actuelle gouverneure de l’Arizona (Etat pourtant traditionnellement républicain, dont John McCain est sénateur) est une proche d’Obama. A 51 ans, c’est une juriste de formation.

Sa mission: Prendre la tête d’un poste sensible créé après le 11-Septembre.

Point fort, point faible: Elle apporte un peu de sang neuf à l’administration Obama, et son expérience des questions d’immigration devrait lui servir à plein.

   

Commerce: ????? Bill Richardson, candidat malheureux à la présidentielle, est maudit. Pressenti aux Affaires étrangères (en récompense de son ralliement à Obama), il devait finalement hériter du commerce. A cause d’une enquête fédérale sur des contrats dans le bâtiment au Nouveau Mexique, il a dû se retirer. Il reste donc un poste à pourvoir. On parle de John Thompson, le patron de la société d’antivirus Symantec. 


A l’Energie, Obama a choisi l’ancien prix Nobel de Physique Steven Chu. Spécialiste de l’étude du réchauffement climatique, il devrait radicalement changer de ton par rapport à l’administration Bush.


Pour l’
Agriculture, ce sera Tom Vilsack, ancien gouverneur de l’Iowa, grenier à blé des Etats-Unis. Très porté sur les biotechnologies et les OGM, il n’a pas que des amis chez l’Organic consumers association (organisation qui défend les produits bio).


Arne Duncan
hérite de l’Education. Cet ancien joueur de basket et directeur des écoles publiques à Chicago est un ami de longue date d’Obama.
L’expérimenté Tom Daschle aura la lourde tâche de mettre en application la réforme du système de santé promise par Obama.
 

A l’Intérieur, les Latinos seront représentés par Ken Salazar. Il incarne la réussite à l’américaine: il a grandi dans une famille modeste de huit enfants dans un ranch du Colorado, sans électricité ni eau courante.

 
Shaun Donovan sera au logement, Ray Lahood aux Transports, Erik Shinseki aux Vétérans et Lisa Solischargée de l’Emploi et des syndicats.

 
Les autres postes importants

Secrétaire général de la Maison Blanche: Rahm Emanuel

En politique, «Rahmbo» s’est taillé une réputation de tueur. Certains lui reprochent ses méthodes brutales et d’être un farouche et unilatéral défenseur de l’Etat hébreu (son père est israélien). Mais en tant que chief of staff, son rôle sera avant tout de faire marcher l’administration à la baguette.

 
 
Directeur de la CIA: Leon Panetta

Une nomination surprise qui ne fait pas que des heureux. Panetta n’a pas vraiment d’expérience du renseignement. Gestionnaire efficace, il sera chargé de restaurer la crédibilité d’une agence éclaboussée par plusieurs scandales (Guantanamo, torture…).

 
 
Ambassadeur à l’ONU: Susan Rice  

Pas de lien avec Condoleezza, hormis le fait que ce sont deux femmes afro-américaines sorties de Stanford et spécialistes des questions de diplomatie. La mission de cette proche conseillère d’Obama: représenter Washington auprès des Nations unies et réparer les liens avec les alliés des Etats-Unis. Lire notre interview sur son rôle

 
 
Porte-parole de la Maison Blanche: Robert Gibbs

Préparez-vous à entendre un paquet de métaphores sportives quand Robert Gibbs s’exprimera devant la presse. Ce fan de football et de basket a accompagné chaque pas de l’ascension d’Obama depuis 2004. Sur la campagne, il a occupé plusieurs postes (directeur de communication puis stratège). D’après le New York Times, Gibbs est souvent la dernière personne à qui Obama parle avant de monter sur scène.