«Même Jésus n'y arriverait pas»

INTERVIEW Le stratège républicain Patrick Dorinson juge les premiers pas d'Obama...

Propos recueillis par Philippe Berry

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 De notre correspondant à Los Angeles

Alors qu’Obama prend ses fonctions, nous avons posé les mêmes questions à un stratège démocrate et à un républicain. Pour les réponses du démocrate, c’est ici. Dessous, celles du cowboy Patrick Dorinson.

 

Quelle note donnez-vous à la transition?

15/20. Bush comme Obama ont semblé comprendre qu’il fallait une transition sans accroc. Les républicains ont été réalistes sur leur affaiblissement après cette élection et n’ont pas fait de contestation partisane sur les nominations du cabinet. Côté Obama, deux petits faux pas avec Bill Richardson (choisi pour devenir secrétaire au commerce, qui a dû se retirer suite à une enquête fédérale, ndr) et de Timothy Geithner (le favori d’Obama pour le poste de secrétaire au Trésor, en position difficile suite à des impôts non réglés au fisc).

 

Bush s’en va. Quel est son principal succès? Son plus grand échec?

Il a su répondre avec autorité aux terroristes et a mené le combat contre nos ennemis en utilisant les forces militaires, et pas simplement en essayant de les arrêter comme Clinton. Mais il n’a jamais rien fait pour freiner les ardeurs dépensières des républicains ivres du Congrès.

 

Comment jugez-vous l’administration Obama. Trop libérale. Trop timide ?

Ca n’a pas d’importance. On échange juste un groupe de technocrates républicains de Washington pour un groupe de technocrates démocrates de Washington. Cette même élite de l’Ivy League (les universités les plus prestigieuses, ndr) qui nous mis dans ce bourbier. Comme dirait l’icône conservatrice William F. Buckley: «Je préférerais être gouverné par les 2.000 premiers noms de l’annuaire de Manhattan que par l’Université d’Harvard. Les citoyens sont juste des moutons à tondre, peu importe qui est au pouvoir.

 

Le plan de relance de 825 millions de dollars est-il la bonne solution? Que faut-il faire de l’industrie automobile?

On va tout droit vers un socialisme à l’européenne. Tout ce discours de centrisme n’est que du marketing. Obama est le président le plus à gauche qu’on n’ait jamais eu. L’industrie automobile va venir réclamer davantage, c’est une certitude. Et si ce stimulus package ne marche pas ? En aura-t-on un deuxième ? Puis un troisième? Ronald Reagan disait : «Un gouvernement assez gros pour vous donner tout ce que vous voulez peut en un instant prendre tout ce que vous possédez». En bon cowboy, je vais dormir avec un œil ouvert, une main sur les rennes du cheval, l’autre près de mon pistolet, vigilant.

 

Quel rôle doit jouer Obama dans le conflit au Proche Orient ?

Bonne chance, mister president! Peu importe ce que disent les grands défenseurs des Palestiniens. Leurs dirigeants ne veulent pas un accord, ils veulent rayer Israël de la carte. Ils tirent des roquettes pour que le peuple ne réalise pas qu’ils sont juste incapables de gouverner. Je crains qu’Obama ne lâche Israël sous la pression de la gauche. Pourquoi croyez-vous qu’Israël a commencé son attaque avant qu’Obama ne prenne ses fonctions?

 

De grandes attentes entourent Obama. Les gens vont-ils être déçus ?

Sur beaucoup de fronts. Pas à cause de ce qu’il fait ou ne fait pas, mais à cause de la barre placée par les médias à une hauteur absurde. Jésus lui-même serait incapable d’accomplir la tâche. La vraie solution viendra du peuple, de notre abnégation. Il est temps de se retrousser les manches comme nous savions le faire.