Présidentielle américaine : Victoire écrasante de Biden, surprise Trump ou bataille judiciaire… Les scénarios de l’élection

ANALYSE Malgré le relatif raté des sondages en 2016, Joe Biden arrive en favori. Mais le vote par correspondance record pourrait compliquer la donne

Philippe Berry
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Donald Trump et Joe Biden lors du dernier débat avant la présidentielle, le 22 octobre 2020.
Donald Trump et Joe Biden lors du dernier débat avant la présidentielle, le 22 octobre 2020. — Chip Somodevilla / POOL
  • L’élection américaine se déroule ce mardi, et Joe Biden en est le favori.
  • Le raté des sondeurs en 2016 incite toutefois à la prudence, en pleine pandémie de coronavirus.
  • 90 millions d’Américains auront déjà voté avant mardi, et cela pourrait compliquer le dépouillement.

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Il y a quatre ans, Donald Trump avait fait imploser les boules de cristal des sondeurs et des politologues. Mais cette année, Joe Biden peut compter sur une marge de sécurité plus importante que celle d’Hillary Clinton dans des Etats cruciaux en 2016, et une large victoire des démocrates à la Maison Blanche et au Congrès « reste le scénario le plus probable », estime Sam Wang, analyste au consortium électoral de l’université de Princeton.

Ce qui ne veut pas dire qu’une surprise mardi prochain, le 3 novembre, à l’élection présidentielle américaine, est impossible, alors qu’en pleine pandémie de coronavirus, le vote anticipé et par correspondance a battu tous les records. Et en cas de scrutin serré, la Cour suprême pourrait jouer les arbitres.

Scénario 1 : Une vague bleue à la Maison Blanche et au Congrès

L’avance d’Hillary Clinton avait fondu dans la dernière ligne droite. Celle de Joe Biden est restée stable toute l’année, avec un écart, dimanche, de plus de 7 points au niveau national – soit deux fois plus qu’en 2016. Il y a, cette fois, deux fois moins d’indécis, et Joe Biden est moins impopulaire que Clinton. Le démocrate devrait donc reconstruire le « mur bleu » au nord (Wisconsin, Michigan et Pennsylvanie) grâce à un soutien des femmes dans les suburbs, et il pourrait renverser plusieurs swing states (Floride, Ohio, Iowa) si les seniors lâchent en partie Trump à cause du Covid. Et même créer la surprise en terres républicaines dans le Sud (Caroline du Nord, Géorgie, Arizona) si les minorités se mobilisent comme pour Barack Obama en 2008 – une déferlante qui devrait permettre aux démocrates de remporter la Chambre et le Sénat.

Un tel scénario s’expliquerait par des fondamentaux très défavorables au sortant. Deux tiers des Américains désapprouvent sa gestion de la pandémie, sa cote de popularité reste historiquement basse, et malgré un rebond de la croissance au dernier trimestre, l’incertitude pour 2021 pénalise le président américain. L’économiste de Yale Ray Fair avait prédit une victoire de Donald Trump en 2016, mais selon les projections du cabinet Oxford Economics, qui s’appuie sur son modèle, Joe Biden est positionné pour s’imposer par 52 % contre 48 % des voix au niveau national, avec 318 contre 220 grands électeurs au collège électoral.

Scénario 2 : Courte victoire de Biden, les républicains sauvent le Sénat

Dans ce scénario, Donald Trump parvient à défendre le Sud et le Midwest, mais Joe Biden reprend de justesse les trois Etats qui avaient coûté l’élection à Hillary Clinton : Wisconsin, Michigan et Pennsylvanie. Cela lui suffit pour passer la majorité des 270 grands électeurs, à 279 contre 259 pour Donald Trump.

Dans son sillage, les démocrates s’imposent à la Chambre mais ne parviennent pas à obtenir les trois sièges supplémentaires dont ils ont besoin pour obtenir la majorité au Sénat.

Scénario 3 : Donald Trump crée encore la surprise

Si la marge de sécurité de Joe Biden semble le protéger d’une déconvenue dans le Michigan et Wisconsin (6 points d’avance), c’est plus serré en Pennsylvanie, avec seulement 4 points d’écart, selon la moyenne des sondages. Les instituts assurent qu’ils ont corrigé leurs modèles de 2016, qui avaient sous-estimé la part des électeurs blancs peu diplômés dans la « Rust Belt », mais rien ne le garantit. Un dernier sondage, ce dimanche, donne le président américain largement en tête dans l'Iowa (+7), tout comme en 2016, quand il avait surperformé au Midwest.

Donald Trump a enchaîné, ce week-end, les meetings devant plusieurs milliers de supporteurs et répété en boucle que Joe Biden, qui a évoqué une transition énergétique pour sortir du pétrole lors du dernier débat, signerait « la mort de l’industrie manufacturière ». Remporter la Pennsylvanie et la Floride lui ouvrirait un boulevard.

Scénario 4 : Le chaos

Plus de 90 millions d’Américains auront voté avant le 3 novembre. Cela représente près des deux tiers de la participation totale de 2016. Le dépouillement devrait aller assez vite dans certains Etats critiques qui ont vérifié les bulletins en amont (Floride, Caroline du Nord, Arizona), mais prendre jusqu’à deux ou trois jours dans d’autres (Pennsylvanie et Michigan). En cas de résultats serrés, plusieurs recomptes pourraient s’engager et durer des semaines, comme en Floride en 2000.

Si plusieurs Etats acceptent pour l’instant les bulletins postaux reçus plusieurs jours après l’élection, la Cour suprême pourrait encore s’en mêler. La décision en Pennsylvanie, notamment, n’est pas définitive, et avec le renfort de la juge conservatrice Amy Coney Barrett, l’instance pourrait décider de rejeter les bulletins retardataires, privant potentiellement Joe Biden de plusieurs milliers de voix. Selon Michael McDonalds, qui analyse le vote anticipé à l’Election project de l’université de Floride, « le risque existe mais selon toute vraisemblance, on devrait connaître le nom du vainqueur » mardi ou mercredi.