Chili : Le vote en faveur d'une nouvelle constitution arrive largement en tête

REFERENDUM Un an après un soulèvement massif de la population, les Chiliens ont voté à une très forte majorité en faveur d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de l’ère Pinochet

20 Minutes avec AFP

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Des rassemblements à Santiago, au Chili, le 26 octobre 2020.
Des rassemblements à Santiago, au Chili, le 26 octobre 2020. — Luis Hidalgo/AP/SIPA

Le vote en faveur d’un changement de Constitution au Chili est arrivé largement en tête dimanche. Selon des résultats partiels portant sur deux tiers des bureaux de vote, les suffrages favorables représentent 78,01 % des voix.

Le président conservateur Sebastian Piñera a immédiatement réagi à ces résultats, appelant dans une allocution télévisée à « l’unité » du pays pour rédiger la « nouvelle Constitution ». « Jusqu’à présent, la Constitution nous a divisés. A partir d’aujourd’hui, nous devons tous collaborer pour que la nouvelle Constitution soit un espace d’unité, de stabilité et d’avenir », a déclaré le chef de l’Etat.

Forte participation malgré l’épidémie

Alors que le décompte des voix se poursuivait, des milliers de manifestants euphoriques se sont rassemblés dans le centre de Santiago, sur la Plaza Italia, épicentre de la contestation, pour fêter la « victoire ». Il y a un an jour pour jour, la contestation contre les inégalités avait connu un tournant lorsque 1,2 million de personnes s’étaient rassemblées sur cette place emblématique, rebaptisée « Place de la dignité ».

Malgré la pandémie de coronavirus qui a durement frappé le Chili (500.000 contaminations, 14.000 décès), les électeurs se sont déplacés en masse, formant de longues files d’attente devant les urnes. Le taux de participation officiel n’était pas encore connu mais le directeur de l’autorité électorale, Patricio Santamaria, a prédit un chiffre élevé. Dans la matinée, Sebastian Piñera avait appelé les Chiliens à se rendre aux urnes « parce que chaque voix compte ».

Une assemblée constituée de citoyens

Remplacer la Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) était une des revendications des manifestations lancées à partir du 18 octobre 2019 afin de réclamer une société plus juste. La loi fondamentale actuelle limite fortement l’action de l’Etat et promeut l’activité privée dans tous les secteurs, notamment l’éducation, la santé et les retraites.

Les 14,7 millions d’électeurs étaient appelés à répondre à deux questions : « Souhaitez-vous une nouvelle Constitution ? » et « Quel organe devra rédiger la nouvelle Constitution ? » Selon des résultats partiels portant sur plus de la moitié des bureaux de vote, l’option d’une « Convention constituante » uniquement formée de citoyens l’emporte par 79 % des voix, contre 21 % pour une « Convention mixte » composée de citoyens et de parlementaires.

« Sortir de l’ombre de Pinochet »

Pour les partisans de l'« Apruebo » («J’approuve »), essentiellement dans l’opposition du centre et de gauche, une nouvelle Constitution lèvera un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales dans un pays parmi les plus inégalitaires d’Amérique latine. Les défenseurs du « Rechazo » («Je rejette »), qui rassemblent les partis les plus conservateurs, estimaient qu’il était possible d’introduire des changements dans la loi fondamentale, garante selon eux ces dernières décennies de la stabilité du Chili, sans avoir besoin de la remplacer.

Jusqu’à ce jour, aucune tentative de remplacement de la loi fondamentale n’a abouti. Tous aujourd’hui s’accordent à dire que la Constitution a été rédigée de sorte que les franges conservatrices de la société puissent se maintenir au pouvoir, y compris après la fin de la dictature. L’objectif de « ce processus constitutionnel est de sortir de l’ombre de la dictature de Pinochet », a expliqué à l’AFP Marcelo Mella, un politologue de l’Université de Santiago.

Il s’agit aussi de « pouvoir résoudre par des moyens politiques et pacifiques les problèmes devenus structurels », tels que l’inégalité et l’exclusion. Jusqu’à l’éclatement de la crise, le Chili était considéré comme un des pays les plus stables d’Amérique latine, encensé pour ses résultats macro-économiques. Déclenchée par une hausse du prix du ticket de métro à Santiago, la contestation a été nourrie par la colère de la population dénonçant la déconnexion des élites face au quotidien difficile du plus grand nombre et a pris de court l’ensemble de la classe politique.