Coronavirus : Privées de leur classe affaire, les compagnies aériennes tanguent

AVION Moins de déplacements professionnels à cause du Covid-19, soit moins de chiffres d’affaires pour les compagnies aériennes

J.-L.D. avec AFP

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C'est la grisaille pour les compagnies aériennes
C'est la grisaille pour les compagnies aériennes — Andrew McCaren/LNP/Shutterstock/SIPA

Finis les valises d’affaires et les costumes trois-pièces dans les tarmacs des aéroports, les « Je te rappelle une fois à Tokyo, envoie-moi le rapport A-32, merci » ? Les déplacements professionnels en avion ont chuté depuis le début de la pandémie de coronavirus, laissant un gros trou dans les caisses des  compagnies aériennes américaines. Leur rebond va prendre du temps.

Les quatre plus grosses sociétés du secteur aux Etats-Unis (American, United, Delta et Southwest) ont encore perdu près de 11 milliards de dollars cumulés au troisième trimestre. Les Américains ont recommencé à se déplacer un peu pour des raisons personnelles : pour la première fois depuis mi-mars, le nombre de clients traversant la sécurité dans les aéroports a dépassé dimanche dernier la barre de 1 million. Ce qui reste bien loin des 2,6 millions enregistrés le même jour en 2019.

On s’était donné rendez-vous dans dix ans

De nombreuses entreprises autorisent de nouveau les déplacements, mais accordent leur feu vert au compte-gouttes. La désaffection des voyageurs d’affaires est un problème pour les compagnies aériennes : s’ils ne représentent qu’environ 30 % des passagers, ils apportent la moitié de leur chiffre d’affaires, selon la fédération représentant le secteur, Airlines for America. Cette catégorie « est extrêmement importante pour United, c’était notre gagne-pain », a souligné Scott Kirby, le patron de la compagnie, lors d’une récente conférence téléphonique. Les vols pour raisons professionnelles sont encore en baisse de 85 % à 90 % chez United.

Scott Kirby se veut optimiste : « On est des créatures sociales », a-t-il martelé, disant s’attendre à un rebond réel des voyages d’affaires entre fin 2021 et 2022, et un retour à la normale en 2024. « Après le 11-Septembre, tout le monde disait que le monde allait changer, que plus personne n’allait voler. Ils avaient tort », a aussi rappelé jeudi sur la chaîne CNBC le PDG de Southwest Airlines, Gary Kelly. Mais le retour à la normale « ne sera pas de sitôt », a-t-il estimé. « Peut-être dans dix ans. »

Le télétravail peut-il paradoxalement être une aubaine ?

Une fois que la situation se rétablira, il pourrait y avoir au final une réduction de 10 % à 20 % du nombre de voyages d’affaires, a avancé le patron de Delta, Ed Bastian, en reconnaissant « l’impact » des nouvelles technologies vidéo. Mais ce ne sera jamais « un substitut » aux voyages d’affaires, a-t-il affirmé.

Quant au télétravail en tant que tel, il pourrait même profiter aux voyages en avion, a remarqué dans une autre conférence téléphonique le responsable commercial de United, Andrew Nocella : les salariés qui ont fait le choix de s’installer loin du bureau devront bien y retourner quelques jours par mois.

« Les déplacements professionnels seront peut-être différents, mais nous pensons qu’ils reviendront. » En attendant, leur chute continuera à peser dans les comptes des compagnies aériennes.