Biélorussie : Le Prix Sakharov décerné à l’opposition qui salue une « récompense pour le peuple »

POLITIQUE Le Parlement européen a décerné jeudi le prix Sakharov des droits de l’homme à « l’opposition démocratique » au gouvernement Bélarus

20 Minutes avec AFP

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Des milliers de personnes continuent de manifester place de l'Independance a Minsk pour dénoncer l'élection truquée de Alexandre Loukachenko.
Des milliers de personnes continuent de manifester place de l'Independance a Minsk pour dénoncer l'élection truquée de Alexandre Loukachenko. — VSPress/SIPA

« N’abandonnez pas votre combat. Nous sommes à vos côtés », a déclaré le président du Parlement européen David Sassoli en remettant le Prix Sakharov à «l'opposition démocratique » au président Alexandre Loukachenko au Bélarus. Il a souligné que les représentants de l’opposition, pour la plupart emprisonnés ou poussés à l’exil, avaient « quelque chose que la force brute ne pourra jamais vaincre : la vérité ».

Le geste a été salué par la cheffe de file de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa. Ce prix des droits de l’homme « est une récompense pour le peuple bélarusse », a-t-elle réagi depuis Copenhague, où elle est en visite. « Nous nous battons et nous n’allons pas abandonner »., comme une « récompense pour le peuple ».

Réélection contestée d’Alexandre Loukachenko

Après l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti, condamné à la prison à vie en Chine pour « séparatisme », lauréat en 2019, les eurodéputés ont couronné un mouvement porté par des femmes et réprimé par le pouvoir. Depuis le scrutin présidentiel du 9 août, le Bélarus est le théâtre d’une contestation de masse inédite contre la réélection d’Alexandre Loukachenko, à la tête depuis 1994 d’un régime autoritaire.

Le prix arrive à un moment-clé : Svetlana Tikhanovskaïa, qui a dû se réfugier en Lituanie, a donné au chef de l’Etat jusqu’à dimanche pour démissionner, menaçant d’appeler à une grève générale et à intensifier les manifestations. « Nous espérons que le peuple bélarusse parlera d’une seule voix ce week-end et ensuite », a déclaré l’ex-candidate de l’opposition au scrutin.

Répression et le trucage de l’élection

Même en cas d’échec de l’appel à la grève générale, « les gens chercheront une autre façon de lutter, une autre forme de manifestation. Nous n’arrêterons pas », a-t-elle insisté. Le président Loukachenko est menacé de sanctions par l’UE, qui a déjà pris des mesures contre 40 responsables du régime accusés d'être impliqués dans la répression et le trucage de l’élection, dont l’Union ne reconnaît pas le résultat.

« L’UE appelle les autorités bélarusses à libérer tous les prisonniers et à engager un dialogue national inclusif », a exhorté Charles Michel, président du Conseil européen, institution représentant les 27, sur Twitter. « L’Union européenne salue votre courage et soutient pleinement vos ambitions », a aussi tweeté le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell en direction des lauréats.

La quasi-totalité des personnes liées à Svetlana Tikhanovskaïa incarcérées

Outre Svetlana Tikhanovskaïa, le Parlement distingue neuf personnalités de l’opposition, dont les deux femmes qui ont fait campagne à ses côtés, Maria Kolesnikova, aujourd’hui emprisonnée, et Veronika Tsepkalo, en exil, ainsi que la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch. Mais aussi le mari de Svetlana Tikhanovskaïa, le blogueur Sergueï Tikhanovski, ainsi que Mikola Statkevitch, figure historique de l’opposition, tous deux en prison.

La quasi-totalité des personnes liées à Svetlana Tikhanovskaïa et au Conseil de coordination formé pour arracher une transition au pouvoir ont été incarcérées, assignées à résidence, ou contraintes à fuir à l’étranger. Tous les dimanches, les Bélarusses sont des dizaines de milliers, malgré le risque d’arrestation et désormais la menace d’usage de balles réelles, à descendre dans les rues. Le samedi est l’occasion d’une marche de milliers de femmes, et le lundi de retraités.

Complot occidental selon Minsk

Soutenu par la Russie, Alexandre Loukachenko exclut toute concession d’ampleur, promettant une vague réforme constitutionnelle pour sortir de la crise, et mettant en scène un simulacre de dialogue avec des opposants en leur rendant visite en prison. Svetlana Tikhanovskaïa a elle enregistré les soutiens de l’UE, d’Angela Merkel, d’Emmanuel Macron. Un appui à double tranchant, Moscou et Minsk n’ayant de cesse de dénoncer un complot occidental.

Cette femme de 38 ans, professeure d’anglais de formation, s’est lancée dans la campagne présidentielle après l’arrestation de son mari Sergueï, qui s’était fait un nom sur YouTube en dénonçant le « cafard » Loukachenko et avait prévu de le défier à l’élection. Elle a été rejointe par Maria Kolesnikova et Veronika Tsepkalo, proches de deux autres candidats victimes de la répression. Le trio féminin a été proposé pour le prix Nobel de la paix 2021. Le prix Sakharov doit être remis le 16 décembre. Doté de 50.000 euros et décerné pour la première fois en 1988, ce prix « pour la liberté de l’esprit » doit son nom au physicien nucléaire Andreï Sakharov, grande figure de la dissidence à l’époque de l’URSS. Il a plusieurs fois fait office d’antichambre du Nobel de la paix.