Thaïlande : Le pouvoir durcit très nettement le ton face à la contestation

MANIFESTATIONS Les rassemblements de cinq personnes et plus et les publications en ligne qui pourraient nuire à la sécurité nationale sont désormais interdits

20 Minutes avec AFP

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Démonstration de force de la police à Bangkok durant des manifestations, le 14 octobre 2020.
Démonstration de force de la police à Bangkok durant des manifestations, le 14 octobre 2020. — Rapeephat Sitichailapa/AP/SIPA

La tension continue de monter en Thaïlande. Alors que la contestation ne faiblit pas depuis cet été, le pouvoir a choisi ce jeudi de durcir sa position pour reprendre le contrôle de la situation. Les autorités ont désormais décidé d’interdire les rassemblements de cinq personnes et plus et les publications en ligne qui pourraient nuire à la sécurité nationale pour tenter de mettre fin aux manifestations prodémocratie.

Manifestation devant le siège du gouvernement à Bangkok, le 14 octobre 2020.
Manifestation devant le siège du gouvernement à Bangkok, le 14 octobre 2020. - Teera Noisakran/Pacific Press//S

Mercredi, une nouvelle manifestation pour réclamer la destitution du Premier ministre Prayut Chan-O-Cha a réuni plusieurs milliers de personnes devant la Maison du Gouvernement à Bangkok. Peu de temps après l’entrée en vigueur des nouvelles restrictions, jeudi à 4 heures du matin, la police antiémeute a fait évacué des manifestants qui campaient encore sur le site. La plupart des contestataires avaient cependant déjà quitté les lieux.

La royauté, un sujet tabou

Outre le départ du général Prayut Chan-O-Cha, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 2014 et légitimé par des élections controversées l’année dernière, le mouvement prodémocratie demande également une modification de la Constitution, mise en place en 2017 sous la junte et très favorable à l’armée. Certains militants vont même plus loin exigeant une réforme en profondeur de la royauté, un sujet tabou il y a encore peu dans le royaume. Ils demandent la non-ingérence du monarque dans les affaires politiques, l’abrogation de la draconienne loi sur le lèse-majesté et le retour des biens de la Couronne dans le giron de l’Etat. Ces revendications sont jugées inacceptables par le gouvernement.

Mercredi, une voiture avec à son bord la reine Suthida, qui ne pouvait éviter le parcours de la manifestation, a été arrêtée quelques instants et des dizaines de manifestants prodémocratie ont levé trois doigts devant son véhicule. La veille, d’autres activistes avaient fait au passage du roi Maha Vajiralongkorn ce même salut, inspiré par le film Hunger Games, des gestes inédits de défi à l’autorité royale. Le gouvernement a justifié jeudi la promulgation du décret d’urgence en évoquant des manifestations « illégales » et en dénonçant l’obstruction du cortège royal mercredi.