Présidentielle américaine : Les emails présumés d’Hunter Biden, une surprise d’octobre aux origines douteuses

ETATS-UNIS Un tabloïd américain affirme qu'Hunter Biden a tenté de monnayer à l’entreprise ukrainienne Burisma une rencontre avec son père, Joe Biden, alors qu'il était vice-président

Philippe Berry

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Hunter Biden, fils du candidat démocrate Joe Biden, en 2012.
Hunter Biden, fils du candidat démocrate Joe Biden, en 2012. — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

En 2016, on avait eu les e-mails piratés de la campagne de Hillary Clinton publiés au compte-gouttes par WikiLeaks. Ce mercredi, à trois semaines de la présidentielle américaine, c’est le New York Post qui lâche ce qu’il présente comme une bombe capable de chambouler le scrutin. Le quotidien dit avoir eu accès à des e-mails qui auraient été échangés entre Hunter Biden et un conseiller de l’entreprise gazière ukrainienne Burisma. Ces mails montreraient que le fils de Joe Biden a tenté de monnayer une rencontre avec son père, alors vice-président, pour son intérêt personnel. L’entourage de Joe Biden a catégoriquement démenti qu’une rencontre ait eu lieu avec ce conseiller ukrainien. Et l’origine, très louche, de ces documents incite à la plus grande prudence.

Des e-mails qui viendraient d’un ordinateur portable abandonné chez un réparateur

Selon le New York Post, un tabloïd qui appartient au propriétaire de Fox News, Rupert Murdoch, un Macbook Pro aurait été déposé chez un réparateur en avril 2019. L’ordinateur avait un autocollant de la fondation Beau Biden (l’autre fils de Joe Biden, décédé d’une tumeur au cerveau) et contenait des photos personnelles d’Hunter Biden, publiées par le Post, ainsi qu’une sextape. Le réparateur suppose qu’il s’agit du PC d’Hunter Biden mais n’en a pas la preuve. Parce que personne ne serait venu le réclamer, il l’a ensuite remis au FBI au moment de l’impeachment contre Donald Trump.

Selon le quotidien américain, c’est l’ex-conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, qui lui aurait révélé l’existence de cet ordinateur portable en septembre 2019. Et c’est l’avocat personnel du président américain, Rudy Giuliani, qui lui aurait fourni une copie du disque dur cette semaine. On rappelle que Steve Bannon a été inculpé par la justice américaine pour avoir détourné de l’argent destiné à la construction du mur avec le Mexique. Et Rudy Giuliani est à l’origine de nombreuses conspirations discréditées sur Joe Biden et l’Ukraine. Deux de ses associés, Lev Parnas et Igor Fruman, ont été inculpés dans une autre affaire de financement illégal de campagne. Giuliani s’est également affiché avec deux ressortissants associés au renseignement russe, qui ont vu leur visa américain révoqué.

La rencontre évoquée dans un e-mail n’a pas eu lieu, selon Joe Biden

Même si l’on suppose que ces e-mails sont bien authentiques – et le New York Post n’a pas l’air d’avoir sollicité d’expert informatique pour analyser l’en-tête des messages – ils ne prouvent pas qu’une rencontre a eu lieu, ce que la campagne de Joe Biden a démenti. « Cher Hunter, merci pour votre invitation à Washington et pour l’opportunité de rencontrer votre père », écrit Vadym Pozharskyi. Impossible, sans contexte, de savoir s’il parle d’une rencontre qui a déjà eu lieu ou d’une prévue.

En 2014, Hunter Biden était employé comme consultant par l’entreprise gazière Burisma. Rudy Giuliani et Donald Trump affirment, sans preuve, que l’année suivante, Joe Biden a obtenu la tête d’un procureur ukrainien, Victor Shokin, pour protéger Burisma. Mais toute la communauté internationale avait réclamé le limogeage de Shokin, accusé de ne pas en faire assez pour lutter contre la corruption. Une enquête menée par les sénateurs républicains a conclu fin septembre qu’Hunter Biden s’était « enrichi » en exploitant son nom de famille, mais qu’il n’y avait aucune preuve de malversation de la part de Joe Biden ou que la politique étrangère de Barack Obama sur l’Ukraine ait été influencée.