Coronavirus : Couvre-feu, confinement territorial... Les mesures mises en place en Europe sont-elles efficaces ?

PANDEMIE Le gouvernement français pourrait bien serrer la vis dans les prochains jours avec de nouvelles mesures sanitaires, dont certaines inspirées par nos voisins européens

Jean-Loup Delmas

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Un drapeau national espagnol à Madrid, ville confinée localement
Un drapeau national espagnol à Madrid, ville confinée localement — SOPA Images / SIPA/SIPA
  • Le gouvernement français tire ce début de semaine la sonnette d’alarme sur la circulation du virus, et prévient qu’il pourrait prendre de nouvelles mesures sanitaires et restrictives.
  • En Europe, des mesures différentes de la France ont été prises, dont le couvre-feu ou le confinement local, souvent citées parmi les pistes envisagées par le gouvernement français.
  • Comment ces mesures fonctionnent-elles exactement et pourraient-elles marcher en France ?

C’est le grand dilemme du gouvernement français. Alors que tous les signaux de la circulation du coronavirus virent au rouge (écarlate) et que le Premier ministre Jean Castex évoquait pour la première fois ce lundi une « seconde vague » en cours, comment éviter un reconfinement généralisé, désastreux pour l’économie et le moral des Français ?

Si les mesures actuelles – protocole sanitaire renforcé dans les restaurants, fermeture des salles de sport et des bars dans les zones de haute circulation du virus, incitation au télétravail, jauge de présence à l’université – ne suffisent pas ou plus à ralentir la diffusion de l’épidémie, quelles solutions reste-t-il au gouvernement ?

Vers un reconfinement local ?

Ce dernier pourrait s’inspirer de ce qui se fait chez nos voisins européens, eux aussi touchés de manière plus ou moins brutale par un rebond épidémique. L’Espagne, pays du Vieux Continent à subir le plus violemment la seconde vague, a opté pour des confinements localisés. Ce mardi, c’est désormais une quarantaine de villes et communes qui sont concernées par ce tour de vis, dont la capitale madrilène. Contrairement à un confinement comme le pays l’a connu lors de la première vague, les habitants des communes concernées peuvent librement sortir de chez eux, circuler comme bon leur semble dans la ville. En revanche, pour rentrer ou sortir de ces communes, il faut fournir des motifs impérieux (travail, proche malade, hôpital, école, cas de force majeure).

C’est ainsi plus de 5,5 millions d’Espagnols qui doivent rester dans leur commune, où l’incidence du virus est plus forte que dans le reste du pays. Dans la région de Madrid, 20 % des capacités hospitalières et 38 % des lits de réanimation sont occupés par des patients Covid-19, contre respectivement 8 % et 18 % pour la moyenne nationale.

Se méfier de l’eau qui bout ailleurs

Or, de telles disparités existent aussi en France. A Paris par exemple, le taux de positivité des tests dépasse les 17 %, contre moins de 12 % sur l’ensemble du pays. L’aggravation nationale des chiffres du virus à cause d’habitants d’une région hyperépidémique se déplaçant à travers le pays a notamment été constatée en Italie lors de la première vague.

De fait, le confinement local des villes en zone d’alerte maximale est de plus en plus évoqué pour contrecarrer la reprise épidémique en France. Mais pour l’épidémiologiste Catherine Hill, cela ne semble pas être une solution pertinente : « Le virus circule déjà partout donc confiner localement les zones où le virus circule le plus ne l’empêcherait pas de circuler ailleurs, et les zones déjà rouges resteraient rouges, tandis que les zones orange passeraient en rouge vu qu’on ne s’occuperait pas d’elles. C’est mettre le couvercle sur une seule casserole alors que l’eau continuera de bouillir ailleurs. »

D’autant plus que se pose le problème des mégalopoles, et de la centralisation de notre pays, bien plus grande que dans le reste de l’Europe. « Confiner une petite ville comme Boulogne-sur-Mer, c’est facile. Confiner Paris ou les grandes villes, c’est bien plus complexe, souligne le docteur Michaël Rochoy. Où commence et finit Paris ? Intra-muros, la petite couronne, la périphérie ? Paris est une ville de transit par laquelle tous les trains passent ainsi que les vols internationaux. Dans un pays aussi centralisé, confiner Paris, c’est un peu confiner la France. »

Le couvre-feu, la solution allemande

A Berlin, Cologne et Francfort, villes allemandes dépassant les 50 cas pour 100.000 habitants, tous les établissements – exception faite des stations-service et des pharmacies – sont fermés la nuit entre 22 ou 23 heures et 6 h. La mesure durera a minima jusqu’au 31 octobre. En Angleterre, ce sont les mythiques pubs qui ferment dès 22 h dans les zones de circulation médium, notamment Londres.

Mais là aussi, Catherine Hill n’est pas convaincue pour le cas français : « Bien sûr qu’en limitant les interactions de tout le monde, on limite un peu la circulation du virus, mais qu’est-ce que les interactions pendant les horaires de nuit des couvre-feux face aux étudiants se rendant à l’université, aux employés se contaminant au bureau… ? Ce n’est qu’une mesurette qui pourra peut-être un peu ralentir la propagation mais en aucun cas l’arrêter. Et ça se fait en Allemagne, qui a une incidence bien moindre que la nôtre. Fermer les bars actuellement en France, ça ne sert à rien et ça ne pèse pas lourd face à la circulation du virus en journée. »

Des effets secondaires encore plus nocifs ?

C’est peut-être pour ce motif que Boris Johnson a décidé d’encore plus serrer la vis dans le nord de l’Angleterre, et a fortiori dans la région de Liverpool, zone d’alerte maximale avec 400 cas pour 100.000 habitants. Dès le 14 octobre, le 1,5 million d’habitants de la zone verra fermer des pubs, cafés, salles de gym ou centres de loisirs – même en journée – et la limitation des déplacements hors des zones concernées.

S’il approuve l’idée que la circulation du virus en journée est bien plus importante que celle de nuit, Mickaël Rochoy est moins critique sur la mesure d’un « simple » couvre-feu nocturne : « Bien sûr dans les petites villes, cela ne sert et ne change rien, mais on ne peut nier une certaine vie nocturne à Paris, Madrid ou Berlin. Or, on sait qu’on a deux fois plus de chance de se contaminer au restaurant ou au bar qu’ailleurs, des endroits où on est forcé d’enlever son masque, et je rappelle qu’on parle d’un virus respiratoire. Fermer à 22 heures semble un bon compromis pour ne pas trop impacter économiquement les restaurants et les bars tout en limitant un certain nombre d’interactions. »

Même si un risque demeure pour le médecin : les effets secondaires d’une telle mesure. Comprenez qu’il existe deux hypothèses diamétralement opposées niveau circulation du coronavirus : si une fois les bars fermés, chacun reste chez soi devant Netflix, la mesure aura certains effets. Si sans bar, tout le monde se retrouve dans l’appartement d’une personne pour faire la fête quand même, « cela pourrait aggraver la transmission, car il y aura encore plus de contacts et une absence souvent totale de masque, même lors des déplacements ». Reste donc à voir en Allemagne, mais aussi à Marseille, Paris et ailleurs, les effets à long terme d’une telle mesure.