Grippe aviaire: l'Asie en alerte à l'approche des fêtes du nouvel an

SANTE Depuis quelques semaines, de nouveaux cas de grippe aviaire ont fait resurgir le spectre de l'épidémie. En Chine et au Vietnam, l'approche des fêtes traditionnelles du nouvel an fait craindre une recrudescence du virus...

Christina Lionnet

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Désinfection de boutiques vendant des poulets dans un marché de Yanjiao, dans la province de Hebei, le 7 janvier 2009 en Chine. Le pays craint une recrudescence de la grippe aviaire.
Désinfection de boutiques vendant des poulets dans un marché de Yanjiao, dans la province de Hebei, le 7 janvier 2009 en Chine. Le pays craint une recrudescence de la grippe aviaire. — Reinhard Krause / Reuters

Le gouvernement chinois l’a assuré: une épidémie de grippe aviaire de large ampleur dans le pays est improbable. Cependant, les autorités sanitaires multiplient les mises en garde et consignes d’hygiène, alors que le tournant 2008-2009 a été marqué par l’apparition de nouveaux foyers disséminés en Asie: en Chine, au Vietnam, en Inde, au Bangladesh, au Cambodge, au Laos et en Indonésie. Surtout, le virus H5N1 s’est transmis à l’homme, faisant un mort en Chine. En ce début d’année, l’Asie est donc sur le qui-vive. D’autant que l’approche des fêtes traditionnelles du nouvel an (26 janvier) fait craindre de nouveaux assauts du virus.

«La grippe aviaire, comme la grippe chez l’homme, semble prospérer lors des mois d’hiver. Les températures fraîches paraissent jouer un rôle dans cette propagation, mais également le fait que les oiseaux migrateurs, en déplacement à cette époque, disséminent le virus dans les pays qu’ils traversent, explique Peter Cordingley, responsable de la communication pour la région Pacifique Ouest à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Enfin, en raison du nouvel an lunaire pour les Chinois, du Têt au Vietnam et d’autres festivals similaires, le commerce de volaille augmente de manière significative.»

La période est donc périlleuse, atteste le docteur Lo Wing Lok, spécialiste de la grippe aviaire à Hong Kong, «La demande de volailles peut augmenter jusqu’à cinq fois la consommation habituelle et les prix de 50%, parfois même doubler. Cela peut encourager la contrebande. Il faut une surveillance accrue aux frontières, sur les marchés et dans les fermes», martèle-t-il.  

L’hypothèse d’une épidémie mondiale

L’urgence est donc de convaincre chacun à la vigilance. En Chine, comme au Vietnam, le virus semble toutefois contrôlé, grâce à une campagne de vaccination massive des volailles et à des contrôles épidémiologiques fréquents. La situation est plus inquiétante en Indonésie et dans le Bengale.

Sur le plan mondial, la situation est en progrès. L’année 2008 a vu 42 cas humains confirmés dans le monde, contre 115 en 2006, selon les chiffres de l’OMS. On ne peut pour autant exclure la possibilité d’une pandémie humaine à grande échelle. Certains évoquent même la possibilité d’une épidémie semblable à la grippe espagnole, qui avait fait des dizaines de millions de morts en 1918-1919.

«Le nombre de cas humains est resté très limité, tempère Joseph Domenech, chef du service Santé animale à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Mais cette famille de virus a un génome très instable. Le virus pourrait se combiner avec un virus de la grippe humaine chez un homme infecté par les deux virus. Cela pourrait donner naissance à un virus ayant le caractère contagieux qu’il a chez les volailles et le caractère pathogène qu’il a chez l’homme.» Mais, d’une part, il est impossible d’imaginer la dangerosité d’un tel virus. D’autre part, les organes de veille sanitaires, «rôdés» à la grippe aviaire, sont mieux préparés. «On détecterait le début d’une contagion homme à homme précocement. Personne ne peut dire qu’une pandémie serait aussi désastreuse qu’à l’époque de la grippe espagnole,» ajoute Joseph Domenech. Une épidémie d’envergure est un scénario catastrophe que l’on ne peut néanmoins exclure.