Cour suprême : Qu’est-ce People of Praise, ce groupe chrétien au sein duquel Amy Coney Barrett était une « handmaid » ?

ETATS-UNIS L'audition de la juge a commencé devant le Sénat, lundi, et les républicains espèrent faire pencher l'instance du côté des conservateurs pour de nombreuses années

Philippe Berry

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La juge Amy Coney Barrett lors de son audition devant le Sénat, le 12 octobre 2020.
La juge Amy Coney Barrett lors de son audition devant le Sénat, le 12 octobre 2020. — Caroline Brehman/AP/SIPA

Elle l’a assuré, sa philosophie se résume ainsi : « Un juge doit appliquer la loi telle qu’elle a été écrite ». Lundi, Amy Coney Barrett, choisie par Donald Trump pour succéder à Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême, a démarré son grand oral devant la commission judiciaire du Sénat. Et ses détracteurs s’inquiètent que la magistrate de 48 ans, qui a appartenu au groupe chrétien People of Praise, soit davantage guidée par ses convictions religieuses que par la Constitution.

Qui est People of Praise ?

C’est un groupe chrétien fondé en 1971 qui compte moins de 2.000 membres aux Etats-Unis. La plupart sont catholiques mais on y trouve également des évangélistes pentecôtistes, avec une doctrine centrée sur l’Esprit sain, la glossolalie (prière en syllabes inintelligibles) et les prophéties. People of Praise est présent dans une vingtaine de villes américaines, principalement dans l’Indiana. Ses membres, qui vivent pour la plupart dans des communautés semi-fermées, doivent donner 5 % de leurs revenus à l’organisation. Mais le groupe n’est pas considéré comme une secte et a reçu la bénédiction de tous les papes depuis Vatican II avec l’essor du « renouveau charismatique ».

Amy Coney Barrett en est-elle membre ?

Oui, mais la juge ou le groupe ont refusé de le confirmer. En 2016, alors qu’elle faisait partie de la shortlist de Donald Trump – qui avait finalement choisi le juge Kavanaugh – People of Praise a supprimé de son site toute mention d’Amy Coney Barrett. On trouve toutefois plusieurs photos de la juge dans les archives du magazine officiel du groupe, Vine and Branches, notamment en mai 2006. Et selon le New York Times, Amy Coney Barrett était bien listée dans l’organigramme.

Y a-t-il un rapport avec le livre The Handmaid’s Tale ?

Non. Selon l’organigramme, Amy Coney Barrett avait bien le titre de « handmaid », assigné à des responsables féminines. People of Praise explique sur son site que le terme vient de l’Évangile selon Saint Luc (chapitre 1, verset 38) : « Et Marie dit : voici la servante (handmaid en anglais) du Seigneur ». Il l’employait depuis les années 1970, bien avant le livre de Margaret Atwood The Handmaid’s Tale. Mais parce que le « sens de ce mot a changé dans notre culture récente, nous ne l’utilisons plus », précise le groupe. Mais même si sa doctrine officielle présente l’homme et la femme sur un pied « d’égalité », la plupart des responsables de l’organisation sont de sexe masculin. Selon un document interne de 2009 obtenu par le New York Times, le mari a la responsabilité de « corriger » sa femme si elle s’écarte du droit chemin.

Quelles sont les positions d’Amy Coney Barrett sur l’avortement ou le mariage gay ?

Mère de sept enfants, dont deux adoptés, Amy Coney Barrett considère que la vie commence « dès la conception » et est donc farouchement opposée à l’avortement, ainsi qu’au mariage entre deux personnes de même sexe. Lors de son audition, lundi, elle a assuré qu’elle n’était pas guidée par ses convictions personnelles mais « par la loi et la Constitution ». Tout comme son mentor, le juge défunt Antonin Scalia, elle se revendique comme une « originaliste », l’école de pensée selon laquelle la Constitution doit être prise au pied de la lettre telle qu’elle a été écrite au 18e siècle. Dans la bataille judiciaire sur l’avortement, elle pourrait donc, si elle est confirmée à la Cour suprême, voter pour renverser la décision Roe v. Wade, qui avait légalisé l’IVG dans tout le pays en 1973, laissant à chaque Etat le soin de trancher.