Présidentielle américaine : Trump chute dans les sondages, les républicains redoutent « un bain de sang »

ANALYSE En cas de vague bleue, les démocrates pourraient réaliser le triplé comme en 2008

Philippe Berry

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Donald Trump, les bras croisés dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 27 août 2018.
Donald Trump, les bras croisés dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 27 août 2018. — Evan Vucci/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Il a survécu à l’enquête sur la Russie, à Stormy Daniels et à l’impeachment sur l’Ukraine. Mais dans la dernière ligne droite de la campagne, Donald Trump affronte deux ennemis redoutables : le Covid, et lui-même. Et alors qu’il est en forte baisse dans les sondages depuis sa performance très contestée du débat face à Joe Biden, le président américain pourrait plomber son parti au Congrès.

Trou d’air dans les sondages

Pour Donald Trump, la cacophonie du premier débat télévisé semble avoir constitué un tournant. En dix jours, l’écart est passé de 6 à 10 points d’avance pour Joe Biden, selon la moyenne de Real Clear Politics. Même des études pour Fox News ou l’institut conservateur Rasmussen donnent une marge de 10 et 12 points au démocrate.

Pour le président américain, le tableau se noircit un peu partout dans les « swing states ». Joe Biden creuse l’écart en Pennsylvanie et au Midwest (Wisconsin, Michigan, Minnesota). En chute libre auprès des seniors, des femmes et dans les banlieues aisées, le président américain a, semble-t-il redirigé son budget publicitaire pour défendre la « sun belt » (Floride, Géorgie et Caroline du Nord, notamment). Joe Biden fait même la course en tête en Arizona, un Etat que les démocrates n’ont remporté qu’une fois en cinquante ans, avec Bill Clinton en 1996.

Le modèle de FiveThirtyEight donne Biden gagnant dans 85 % des simulations. Certes, le site fondé par Nate Silver favorisait également Clinton (71 %) mais les marges actuelles de Joe Biden sont entre deux et trois fois plus importantes qu’en 2016, ce qui limite le potentiel d’une surprise de dernière minute.

Les républicains s’inquiètent pour le Sénat

A l’heure actuelle, les démocrates sont donc largement favoris pour remporter la Maison Blanche, mais également conserver le contrôle de la Chambre des représentants. Et si cela va être plus serré au Sénat (avec seulement un tiers renouvelé), les républicains commencent à s’inquiéter pour leur majorité de 3 sièges. Selon le New York Times, le sénateur John Cornyn, en ballottage favorable au Texas, s’est plaint en privé que Donald Trump, qui plafonne à 42 % d’intentions de vote, tire son camp vers le bas. Dans l’Arizona, notamment, l’ex-astronaute Mark Kelly semble notamment bien parti pour déloger la républicaine Martha McSally.

Vendredi, sur la chaîne CNBC, Ted Cruz s’est dit « inquiet » à cause du Covid : « Si les gens retournent au travail, s’ils sont optimistes, nous pourrions avoir une élection fantastique. Mais si au jour de l’élection les gens sont en colère, nous pourrions perdre la Maison Blanche, et les deux chambres du Congrès, cela pourrait être un bain de sang à l’échelle de celui du Watergate »

Sur la carte actuelle, basée sur les sondages, on est à 47-46 pour les démocrates, avec sept sénatoriales serrées qui devraient faire pencher la balance. Les démocrates sont en ballottage favorable dans trois Etats : Iowa, Maine et Michigan. Le 3 novembre, on surveillera particulièrement la Caroline du Nord. Le républicain sortant, Thom Tillis, fait partie du cluster Covid du Rose Garden, et le démocrate Cal Cunningham est plombé par des révélations sur deux maîtresses présumées.

Au Sud, c’est le lieutenant de Donald Trump, Lindsey Graham, qui joue sa survie face au jeune candidat afro-américain Jaime Harrison. Graham est le patron du comité judiciaire du Sénat et va jouer un rôle central dans la bataille pour confirmer Amy Coney Barrett à la Cour suprême. Fin septembre, il s’est lamenté sur Fox News : « Je suis en train de me faire tuer financièrement, cet argent, c’est par ce qu’ils (la gauche) me haïssent. »