Israël maintient son offensive, mais hésite à lancer la phase finale

GAZA Olmert a répété sa détermination toute la journée. Mais des divergences se font jour entre l'état-major et des ministres israéliens...

M.Gr.

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Israël a menacé lundi de frapper d'"une main de fer" aussi longtemps que les tirs de roquettes se poursuivraient de Gaza, où le Hamas a promis "la victoire", au 17e jour de l'offensive israélienne qui a fait plus de 900 morts dans le territoire palestinien.
Israël a menacé lundi de frapper d'"une main de fer" aussi longtemps que les tirs de roquettes se poursuivraient de Gaza, où le Hamas a promis "la victoire", au 17e jour de l'offensive israélienne qui a fait plus de 900 morts dans le territoire palestinien. — David Silverman AFP / Pool

Ceux qui attendaient un signe d’apaisement d’Ehoud Olmert ce lundi, un premier pas vers une possible trêve, n’auront qu’à repasser. Israël est sous les feux des critiques, les ONG et l’ONU dénoncent en chœur des bavures, l’usage d’armes non-conventionnelles, la mort de près de 275 enfants innocents. Mais le Premier ministre israélien reste ferme, concentré comme tout son état-major sur un unique objectif, la sécurisation du sud d’Israël, encore atteint par une vingtaine de roquettes quotidiennes.

«Les médias commentent tout ça comme si nous avions décidé cette opération sans raison, personne ne mentionne les années de roquettes sur nos civils», a confié le Premier ministre israélien depuis l'école franco-israélienne à Mikveh Israel, près de Tel-Aviv.

Concernant la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée dans la nuit de jeudi à vendredi, Olmert a été très clair: «Il n'y a aucune organisation dans le monde qui possède l'autorité morale de prêcher pour nous, de nous dire si nous pouvons ou non nous battre pour défendre nos citoyens. C'est nous qui décidons, et personne d'autre.»

Troisième phase

Pas résolu à freiner l’offensive terrestre alors que Tsahal «se rapproche de ses objectifs», Olmert hésite cependant à déclencher la troisième phase de l’opération Plomb durci, qui consisterait à pénétrer plus profondément dans les villes de la bande de Gaza pour porter le coup de grâce au Hamas, encore cramponné dans de nombreux abris.

Pour l’instant, alors que les tirs d’artillerie sont toujours aussi intenses, Tsahal procède par des percées rapides dans les faubourgs comme le quartier populaire de Zeitoun, à Gaza ville. Pour ne pas subir la guérilla urbaine contre les miliciens du Hamas, ils se replient à chaque fois et laissent le soin à des tireurs d'élite de quadriller le quartier.

L’état-major aimerait surmonter ce dernier écueil et entamer l’étape finale. «Nous avons une occasion unique de régler le problème du Hamas. Si nous ne le faisons pas, nous allons rater une occasion historique», a expliqué à «Haaretz» Yoav Galant, commandant israélien de la région sud, partisan d’une opération longue qui renverrait «Gaza des décennies en arrière».

Moitié moins de roquettes sur le sud d'Israël

Un point de vue partagé par le chef d'état-major israélien Gabi Ashkenazi, qui a précisé que «le Hamas avait subi des pertes sévères. Sa capacité à lancer des roquettes est largement diminuée.» Le nombre de Qassam qui tombent sur le sud d’Israël est en effet moitié moindre et les écoles ont rouvert leurs portes.

Israël peut aussi continuer plusieurs jours dans ce statu quo, continuant à mettre la pression sur le Hamas et sur l’Egypte en terrorisant la population. C’est ainsi qu’avait procédé Israël en 1993 en faisant pleuvoir près de 24.000 obus sur le sud de Liban, provoquant le déplacement de près de 300.000 personnes vers Beyrouth. Le chef d’état-major s’appelait alors Ehoud Barak.

Le report de la visite d’Amos Gilad, un haut responsable du ministère de la Défense israélien, au Caire, qui devait aller discuter d’une trêve ce lundi, peut s’expliquer par la volonté de gagner du temps et de marquer des points sur le terrain. Le général Amos Yadlin, chef des renseignements, a fait part dimanche au cabinet de divisions au sein du Hamas. Entre les leaders basés à Gaza et cernés par les tanks, cherchant un compromis avec Israël et prêt à accepter une force internationale à Gaza, et le bureau politique à Damas, collant à sa ligne dure, inflexible.

La question des réservistes

Mais quelques divergences se font jour en Israël. Le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a exprimé son opposition à une opération longue, et Tzipi Livni aux Affaires étrangères partage son avis. Ils sont partisans d’une trêve, en attendant qu’un accord satisfaisant soit obtenu.

Et un haut responsable de la Réserve de Tsahal a fait part à «Haaretz» d’un élément majeur: «Nous avons rempli cette mission. Appeler les réserves et les entraîner, c’était un excellent exercice. Mais le temps est venu d’arrêter l’opération, avant que les choses ne deviennent sales.»

S’ils sont lancés dans la bataille, les images de réservistes morts ou blessés pourraient sonner un réveil brutal pour Israël. Et les récits de réservistes aux familles sur l’horreur de Gaza, rompant avec l’information monolithique de Tsahal, pourraient fissurer l’unité israélienne.


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