Présidentielle américaine : Pourquoi Donald Trump retire-t-il ses budgets publicitaires dans les Etats qui l’ont fait gagner en 2016 ?

MONEY MONEY MONEY Manque d’argent ? Nouvelle stratégie ? Quoi qu’il en soit, retirer ses pubs dans les Etats des Grands Lacs qui l’ont fait gagner en 2016 paraît risqué

Rachel Garrat-Valcarcel

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Donald Trump est le président des Etats-Unis depuis janvier 2017.
Donald Trump est le président des Etats-Unis depuis janvier 2017. — zz/Dennis Van Tine/STAR MAX/IPx/AP/SIPA
  • Alors qu’il est déjà en difficulté dans les Etats industriels du nord-est qui ont fait sa victoire en 2016, la campagne Trump semble y avoir retiré une partie de ses spots TV de campagne, tellement importants aux Etats-Unis.
  • Les indicateurs pour la campagne de Donald Trump sont pourtant au rouge à peu près partout. A-t-il besoin d’argent ?
  • S’agit-il d’une réorientation de stratégie par rapport à celle qui l’a fait gagner en 2016 ? « 20 Minutes » fait le point.

Wisconsin, Ohio, Michigan : dans ces trois Etats du nord-est industriel des Etats-Unis qui avaient créé la surprise en 2016 en donnant leurs votes à Donald Trump, lui donnant la victoire, le candidat républicain semble en train de battre en retraite. La preuve ? D’après plusieurs médias américains, la campagne du président sortant retire ou réduit drastiquement ses budgets de spots TV, si importants dans les campagnes électorales américaines. Donald Trump est pourtant donné en retard, voire très en retard dans ces Etats qui rapportent de nombreux grands électeurs. Comment alors comprendre cette stratégie ?

Donald Trump a-t-il choisi de miser sur le Sud ?

Depuis qu’il a été testé positif au Covid-19, en fin de semaine dernière, la stratégie de Donald Trump paraît un peu trouble. « Expliquer qu’il ne faut pas avoir peur du virus, que ce n’est pas si dangereux, ça heurte complètement les populations plus âgées qui se sentent vulnérables. Or c’est un groupe important dans les Etats autour des grands lacs », explique Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis. Ce que les sondages confirment. Déjà en retard en Pennsylvanie, dans le Michigan et dans le Wisconsin (46 grands électeurs au total), le président sortant semble dévisser carrément depuis le débat et l’annonce de son test positif.

Ce message qui passe mal au Nord pourrait en revanche séduire les électeurs du sud des Etats-Unis, car il correspondrait mieux à leur mentalité. Or, pour le moment, Donald Trump est devancé en Floride (29 grands électeurs), en Arizona (11), en Caroline du Nord (15) et montre de forts signes de faiblesse en Géorgie (16) et même au Texas (38) : deux bastions républicains. « Il peut donc tenter de recentrer ses forces sur son cœur de cible sur le rural et le sud des Etats-Unis. Sinon, c’est du suicide », estime le spécialiste.

Une stratégie risquée, car on pourrait voir alors se reconstruire le « blue wall » : ce « mur bleu » (couleur des démocrates) qui devait, en 2016, assurer la victoire à Hillary Clinton. Le mur bleu, ce sont les Etats du nord-est des Etats-Unis, des Grands Lacs à la Nouvelle-Angleterre : au moins 180 et jusqu’à 200 grands électeurs qui paraissaient ici assurés aux démocrates. La route jusqu’aux 270 grands électeurs nécessaires pour la présidence était ainsi pavée grâce au complément de la Californie et de la côte ouest. Hillary Clinton n’avait finalement gagné que 134 grands électeurs ici. Aujourd’hui Biden est, la plupart du temps, en tête partout.

La campagne de Donald Trump manque-t-elle d’argent ?

C’est la thèse de la politologue spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan. D’après elle, le manque d’argent côté républicain est « une certitude » : « La Maison-Blanche et la campagne sont dans un état de panique, ne serait-ce que parce qu’ils comptent plein de malades ! Le président est tellement surprenant et erratique qu’ils ne savent plus comment faire. Retirer de l’argent des Etats des Grands Lacs ne peut être que la preuve qu’ils manquent d’argent », estime-t-elle.

Ne serait-ce pas une surprise, si tel était le cas ? Le président a commencé à amasser des dons dès son intronisation en janvier 2017. Seulement, dès septembre, certains observateurs ont noté que le train de vie de la campagne de Donald Trump était très élevé. Le président a même changé de directeur de campagne, considérant que le précédent était trop payé. Les républicains ont aussi peut-être payé trop de spots publicitaires plus tôt dans l’année, mais à un moment où les électeurs et électrices ne sont eux-mêmes pas encore « en mode campagne » et donc pas très réceptifs aux messages politiques.

D’après les chiffres, Donald Trump disposait de 121 millions de dollars pour sa campagne fin août. Jean-Eric Branaa ne croit donc pas aux problèmes d’argent, « d’autant plus que Donald Trump a promis de mettre 100 millions de sa poche sur la table si besoin, et il ne l’a toujours pas fait ». L’équipe du président sortant a cependant décidé de davantage miser sur les spots de campagne sur les réseaux sociaux, moins coûteux et qui permettent de cibler de façon plus stratégique les électeurs, notamment Facebook. On connaît également l’amour que porte Donald Trump aux réseaux sociaux, ainsi que ses supporteurs.

Et les comptes de Joe Biden pendant ce temps-là ?

Ça va bien, merci. Et même très bien. En août, le candidat démocrate a récolté six fois plus d’argent qu’Hillary Clinton sur la même période en 2016. Soit 291 millions de dollars. Un record. Bien plus que Donald Trump sur le même mois : 129 millions « seulement ». Joe Biden est, d’après l’agence Associated Press, resté sur la même dynamique en septembre : l’ancien vice-président de Barack Obama aurait récolté 365 millions de dollars. Si ce chiffre était confirmé, ce serait là aussi un record.

Dans les campagnes américaines, la course aux donations est toujours scrutée de près. Celui qui engrange le plus est souvent le vainqueur : « C’est, certes, une élection a un tour mais en fait il y a un premier tour financier, juge Nicole Bacharan. On achète la victoire mais c’est un signe de l’enthousiasme qu’il y a dans un camp ou dans l’autre. On le voit au nombre de grands et petits dons. » Résultat très concret : Biden met la pression sur Trump en investissant dans des publicités télévisées au Texas. « Plus de 6 millions de dollars », d’après Jean-Eric Branaa. Mais que Trump doive réorienter de l’argent dans cet Etat pour contrer les démocrates c’est bien la preuve, pour Nicole Bacharan, que la campagne républicaine tente de « boucher les trous ».

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