Coronavirus : Comment le Rose Garden est-il devenu un cluster autour de Donald Trump ?

INFECTION Le président américain aurait été contaminé lors d’une cérémonie au Rose Garden. Comment ce célèbre jardin de la Maison-Blanche est-il devenu l’un des clusters les plus médiatisés au monde ?

Jean-Loup Delmas

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Donald Trump quittant le Rose Garden
Donald Trump quittant le Rose Garden — Evan Vucci/AP/SIPA
  • On le sait depuis ce vendredi, le président américain Donald Trump a été testé positif au Covid-19.
  • Sa contamination a certainement eu lieu au Rose Garden, l’un des jardins de la Maison-Blanche, lors d’une cérémonie pour officialiser la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême.
  • Absence totale de distanciation, non-port du masque, contact tactile, lieu clos… Comment une simple cérémonie a-t-elle viré en cluster et en crainte pour toute la Maison-Blanche ?

Des clusters, à force, on en connaît de tristement célèbres. La cérémonie évangélique de Mulhouse en France, le match de Ligue des champions Bergame-Valence pour l’Italie ou Ischgl, station de ski autrichienne dont les hôtes auraient diffusé le coronavirus dans plusieurs pays cet hiver. Rassurons-nous tout de suite, le cluster du Rose Garden devrait être beaucoup moins funeste et causer une propagation bien moindre que ces « superclusters » qui ont semé la mort en Europe.

Plus médiatique, par contre, cela semble assuré. Car si ce nouveau cluster ne compte actuellement « que » 23 cas positifs, il y a parmi eux le président des Etats-Unis lui-même. Fatalement, à l’annonce de son test positif, tous les médias américains se sont demandé où et comment l’homme le plus protégé au monde avait pu attraper le Covid-19. Et c’est ainsi que le Rose Garden est devenu, en moins de 24 heures, l’un des clusters les plus connus au monde.

Cérémonie de nomination

A la lecture de ces lignes, vous vous dites sûrement : « Excellent sens de la narration, mais c’est quoi, le Rose Garden ? » Il s’agit d’un des jardins de la Maison-Blanche, d’environ 40 m de long sur 20 m de large. Connu pour sa beauté et sa tranquillité, l’endroit est le théâtre régulier de conférences de presse, de cérémonies, de réceptions de sportifs américains médaillés, voire de shootings photo organisés par les présidents américains.

Le 26 septembre, Donald Trump y organise une cérémonie pour officialiser la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême. La juge a été désignée par le président pour remplacer Ruth Bader Ginsburg, décédée quelques jours auparavant. Un événement politique majeur aux Etats-Unis qui nécessite donc bien une cérémonie.

Pas de masque ni de distanciation

Rien d’anormal jusque-là. Sauf que le nombre de cas positifs a délié quelques langues et fait ressurgir quelques photos embarrassantes au niveau du (non-) respect des gestes barrières. C’est notamment George Conway, époux de l’ancienne conseillère du président Kellyanne Conway (présente à la cérémonie et testée positive depuis), qui, de colère, a tweeté une photo de la cérémonie. Pas de masque, et, pour la distanciation sociale, on repassera également.

D’aucuns pourraient défendre que la cérémonie ayant lieu à l’extérieur, le port du masque n’est pas une évidence et que les fameux gestes barrières peuvent être un peu moins stricts. Sauf que de nombreux médias américains ont montré que de nombreuses personnes testées positives suite à cette cérémonie étaient « étrangement » assises côte à côte, comme le montre le tweet ci-dessous. Vous avez dit contamination ?

Serrage de main et lieu clos

De toute manière, The New York Times a mis fin à ce débat, en publiant des photos d’une partie de la cérémonie qui s’est déroulée en intérieur. Une fois encore, pas de masques, et encore moins de distanciation sociale.

Certains invités ont même eu des contacts physiques, selon les confidences du président de l’université Notre-Dame, le père John Jenkins. Lui aussi présent à la cérémonie et positif, il s’est excusé d’avoir serré la main de plusieurs personnes.

Les médias accablent la cérémonie

Si jamais le père Jenkins n’était pas passé aux aveux, d’autres éléments montraient bien les contacts entre les membres de la cérémonie étaient fréquents et tactiles (et sans même de masque), comme plusieurs vidéos publiées par le média américain Politico.

Un cluster jusqu’où ?

Pour le moment donc, 23 personnes sont testées positives au coronavirus. Mais sans atteindre les diffusions de Mulhouse ou de Bergame, le cluster ne va peut-être pas s’arrêter là. Et si le foyer d’infection passait du Rose Garden à la Maison-Blanche ? De nombreuses personnes fréquentant les lieux mais absentes à la cérémonie ont déjà été testées positives.

 

En salle de presse, un membre de la communication et deux journalistes ont été testés positif, selon le Washington Post. Tout comme la conseillère de Donald Trump, Hope Hicks, ou son responsable de campagne Bill Stepien. Jusqu’où le cluster va-t-il s’étendre ? Cela reste désormais un mystère, et surtout une inquiétude.